Ils avaient 20 et 24 ans. Deux jeunes Tibétains se sont immolés ce lundi à Tongren, une région du nord-ouest de la province chinoise de Qinghai. Cela porte à neuf le nombre de suicides depuis l'ouverture du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois à Pékin.

Au total, 72 Tibétains se sont immolés depuis 2009, et 54 en sont mortes, selon le gouvernement tibétain en exil en Inde. "C'est une forme radicale et extrême de manifestation d'une opposition, qui semble suggérer que d'autres formes ne produisent pas de fruit", explique Nicolas Sihle, spécialiste du Tibet.

"Le gouvernement devrait enquêter" selon le Dalai Lama

Pour ce chercheur au Centre d'études himalayennes du CNRS, ces actes individuels qui se répètent sont une protestation contre les droits bafoués de la minorité tibétaine, notamment concernant leur langue, et une manière de demander le retour du Dalaï lama en exil. "Le gouvernement chinois devrait enquêter sur la cause (de ces immolations). La Chine ne s'en occupe pas sérieusement et essaie d'y mettre fin rien qu'en me critiquant", a réagi le dirigeant spirituel tibétain à des médias japonais.

Ces protestations montent en puissance depuis le début du XVIIIe congrès du parti communiste. Ouvert jeudi dernier, il devrait désigner les nouveaux dirigeants du pays jeudi prochain. « Un des derniers à s'immoler a formulé de façon explicite le Congrès, explique Nicolas Sihle, mais actuellement, le pouvoir ne risque pas de s'infléchir sur la base de ce qu'ils considèrent comme quelques faits isolés. »

Une invasion économique et touristique

Des mesures de sécurité ont été renforcés pour éviter qu'une immolation se produise à Pékin. Des renforts policiers ont été déployés à Tongren pour faire face aux manifestations de soutien des Tibétains.

Pourtant la question tibétaine n'est pas au coeur des préoccupations du pouvoir. "Le Tibet est en train de mourir progressivement. La Chine envahit le pays, non plus seulement politiquement, mais aussi économiquement, touristiquement et écologiquement depuis l'arrivée du train qui relie la province à Pékin", estime Jean-Luc Domenach, sinologue au Centre d'études et de recherches internationales. Il faudra davantage que des immolations, fussent-elles nombreuses, pour ébranler Pékin.