Le sauvetage de Chypre s'avère plus compliqué que prévu. Au bord de la faillite, l'île européenne doit trouver 17 milliards d'euros pour se renflouer. Soucieux du risque d'effet domino en cas de plongeon, les ministres des Finances de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé samedi un plan d'aide de 10 milliards d'euros. Mais à une condition : que Nicosie trouve le reste, afin de limiter l'explosion de son endettement. Devant l'ampleur de l'effort à fournir, le gouvernement chypriote a opté pour une taxe exceptionnelle sur les comptes en banque, qui devait rapporter presque 6 milliards d'euros. Le sauvetage était sur des rails.

Mais c'était compter sans le tollé provoqué par l'annonce de ce compromis. Premiers intéressés, certains Chypriotes se sont rués dans leur banque pour retirer leurs avoirs. Lundi, ils étaient plusieurs centaines à manifester devant le Parlement pour exprimer leur refus d'être "les cobayes" des nouvelles solutions de l'Europe.

Colère de Moscou

Egalement en première ligne, les Russes, dont les experts estiment à au moins 15 milliards d'euros les placements dans les banques de l'île. Assez pour que le président Poutine en personne monte au créneau, fustigeant une mesure "injuste, non professionnelle et dangereuse". Dans ce concert de protestations, les bourses européennes ont accusé le coup, les valeurs bancaires souffrant d'une crainte de contagion.

Face à cette cacophonie, qui n'est pas sans rappeler les heures sombres de la crise grecque, le gouvernement chypriote a reporté une deuxième fois le débat parlementaire sur sa taxe prévu lundi. Le temps de réfléchir à une formule qui limiterait l'impact de l'impôt pour les plus petits épargnants. Dans sa version initiale, la taxe devait être de 6,75% sur les dépôts de moins de 100.000 euros, et de 9,9% au-dessus. L'idée serait donc de prévoir de nouvelles tranches, pour une répartition plus juste de l'effort. Avec une idée fixe : il faut trouver 6 milliards d'euros.