"Immense scandale", "méthode de la guerre froide", "faits dépassant l'entendement"... Les réactions n'ont pas manqué dimanche après les révélations explosives du magazine allemand Der Spiegel sur une vaste opération américaine d'espionnage visant l'Union européenne. Micros installés dans le bâtiment, infiltration du réseau informatique... les Etats-Unis auraient surveillé la représentation diplomatique de l'UE à Washington et à l'ONU et étendu ses opérations à Bruxelles. Derrière ce nouveau rebondissement, le même nom qui fait scandale depuis dix jours : Edward Snowden. L'ancien consultant américain de l'Agence nationale de sécurité américaine, la NSA, est la source de l'hebdomadaire qui a eu accès à des documents classés "strictement confidentiels".

Conséquences sur l'accord de libre-échange

"A l'heure des négociations sur un accord de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis, l'affaire tombe au plus mal, analyse Thomas Snegaroff, directeur de recherche associé à l'Iris, pour metronews. Cela va rendre les choses beaucoup plus compliquées. Il sera difficile de vendre cet accord tel qu'il avait été imaginé par la Commission". Le député européen Daniel Conh-Bendit a d'ores et déjà appelé à interrompre toute discussion. "On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens", a abondé la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding.

A l'unisson, les dirigeants européens ont exigé des "explications" aux Etats-Unis. "Ces faits, s'ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables" a commenté le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. La ministre de la Justice Christiane Taubira allant jusqu'à parler d'un possible "acte d'hostilité inqualifiable". "Entre partenaires, on n'espionne pas!", a renchéri Viviane Reding. "Ces méthodes ne sont pourtant pas nouvelles", nuance Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis, qui évoque "une forme d'hypocrisie". "Les gouvernements européens savent que, même entre alliés, on se méfie les uns des autres. Simplement, les Américains ont des moyens d'espionnage plus développés que les Européens." Face à l'ire européenne, Barack Obama n'a pas encore réagi. Seul son conseiller adjoint à la Sécurité nationale, Ben Rhodes, s'est contenté de rappeler que les Européens étaient "parmi les alliés les plus proches des Etats-Unis". La Direction nationale du renseignement américain a fait savoir un peu plus tard que Washington répondrait par "voie diplomatique" et "discutera" de plus de façon bilatérale avec les Etats membres de l'UE.