C'était leur dernière réunion avant les vacances. Les ministres vont pouvoir se reposer un peu pendant deux semaines avant de se retrouver le 18 août, date de la rentrée du conseil des ministres. Mais pour s'assurer qu'ils ne partent pas les mains dans les poches, François Hollande les a réunis quasiment au grand complet ce vendredi à l'Elysée pour un séminaire consacré à la préparation de la rentrée de septembre.

>> Où les ministres partent-ils en vacances ? <<

Rentrée qui s'annonce difficile sur le plan économique. Le chef de l'Etat les a donc appelé à "rester mobilisés" car "les vacances qui s'annoncent sont une pause mais pas un arrêt", a-t-il souligné. A l'issue de cet ultime rendez-vous avant la pause estivale, Manuel Valls a présenté sa feuille de route et surtout les difficultés qu'il allait falloir surmonter.

> "Le risque de déflation est réel"

Le Premier ministre s'est d'abord inquiété du "risque de déflation réel" en Europe car en raison d'une croissance et d'une inflation plus faibles que prévu. La déflation se manifeste par une baisse des prix qui a tendance à faire reporter les achats des consommateurs (qui attendent que les prix baissent) et des industries (qui anticipent une baisse des matières premières et des produits nécessaires à la production). La demande risque alors de devenir inférieure à l'offre. Pour s'adapter, les entreprises produisent moins et baissent encore plus leurs prix. Et en bout de course cela affecte les emplois.

La déflation est donc d'autant plus redoutée par le Premier ministre qu'il a estimé ce vendredi que le chômage avait "atteint un niveau tout à fait insupportable". La France comptait en effet fin juin 3,398 millions de demandeurs d'emploi de catégorie A en métropole. Il a aussi évoqué "la vie chère, le mal-logement", et l'inquiétude des Français pour "leur avenir et celui de leurs enfants". Résultat, il existe "une crise de confiance que nous devons impérativement endiguer", a-t-il dit. Dans ce but, le gouvernement s'attachera à la rentrée à "réformer inlassablement" et à "lutter contre les blocages". Manuel Valls a poursuivi en réaffirmant son attachement au pacte de responsabilité et au Crédit d'impôt compétitivité-emploi pour renforcer l'économie.

> "Les politiques économiques en zone euro pas efficaces"

Manuel Valls a ensuite mené une charge contre les politiques économiques en zone euro, qu'il ne juge "pas efficaces" face à une croissance et une inflation plus basses que prévu. Il a déploré en particulier une Banque centrale européenne (BCE) "impuissante". Le chef du gouvernement a néanmoins reconnu une "certaine prise de conscience quant aux attentes des peuples en matière de croissance et d'emploi" mais qui "se traduit malheureusement par une terrible lenteur dans les faits".

Cette profonde critique intervient quelques jours après que François Hollande a officiellement proposé à Bruxelles son ancien ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, comme commissaire européen. Alors que la France peine à ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut - comme elle s'y était engagée auprès de l'UE-, Manuel Valls a prévenu qu'il se refusait à annoncer "un effort supplémentaire" pour revenir sous ce seuil. Sa priorité semble désormais être de ranimer les prix et l'activité économique pour relancer la croissance.

> "L'investissement pour soutenir la croissance"

Le Premier ministre a tenu "à rassurer les collectivités territoriales" en affirmant que "les financements seront au rendez-vous" pour les investissements, en dépit des difficultés économiques. "Je veux rassurer les collectivités territoriales -régions, départements, métropoles- qui sont engagées dans des contrats de plan et les entreprises", a-t-il déclaré.

"S'il y a un mot d'ordre pour soutenir, accompagner la croissance, c'est bien l'investissement. Nous allons continuer à soutenir toutes les initiatives, publiques et privées. Nous venons de lancer les négociations sur les contrats de plan Etat-région", a-t-il aussi dit. "Nous encourageons l'investissement en matière d'économie d'énergie, de logement, d'infrastructure, de travaux publics, de transport, et notamment et pas seulement dans le cadre du Grand Paris", a-t-il encore précisé.

> "Sortir d'un dialogue social formel et compartimenté"

Le chef du gouvernement a enfin évoqué des discussions - qui pourraient avoir lieu dès septembre - sur la modernisation du dialogue social dans les entreprises. "Nos règles de dialogue social sont trop complexes, notamment dans les PME. Et ce au détriment des employeurs mais aussi, je veux le rappeler, des salariés", a-t-il déclaré. "Il faut sortir d'un dialogue social formel et compartimenté pour lui redonner tout son sens et son importance", a-t-il poursuivi, assurant que "les syndicats mais aussi les chefs d'entreprises en sont demandeurs".

Les partenaires sociaux auront jusqu'à la fin de l'année pour trouver un accord de "simplification", en vue d'un projet de loi. En outre, deux rendez-vous avaient été fixés pour la rentrée lors de la conférence sociale, l'un sur l'apprentissage et l'autre sur l'investissement.