Avec cette affaire, le discrédit est-il jeté sur la "République irréprochable" voulue par François Hollande ?
Oui et non. Le discrédit frappe la personne de Jérôme Cahuzac de façon très brutale. En ce qui concerne le gouvernement, bien sûr il y aura un effet d'irradiation car on dira que les socialistes ont pu tolérer en leur sein des gens au comportement immoral. C'est pour cela que les mots de François Hollande ont été si durs. Sa réaction est à la fois politique et personnelle. Personnelle car François Hollande fait ainsi savoir qu'il a été trompé par Jérôme Cahuzac, qui a pendant des mois menti de façon appuyée. Le mensonge humilie aussi celui qui le reçoit, donc François Hollande lui-même. Politique ensuite car ses mots très durs opèrent une mise à distance de Jérôme Cahuzac avec son parti et son gouvernement.

Une mise en examen peut-elle avoir raison de sa carrière ?
En France, plein de politiques ont été condamnés et réélus ensuite. Ce n'est pas la mise en examen de Jérôme Cahuzac qui signe son arrêt de mort politique. C'est son aveu et sa demande de pardon. Car en France, le mensonge ne vous tue pas politiquement. Des tas d'hommes politiques ont menti et s'en sont remis, car contrairement aux Etats-Unis par exemple, les électeurs en France sont relativement indulgents face au mensonge. Mais l'aveu, accompagné d'une demande de pardon est un suicide moral. Plus personne ne peut le défendre, il s'est isolé dans son mensonge. Il a discrédité ses amis, sa famille.

Selon vous, il a donc signé son arrêt de mort politique...
Oui. En France, il y a deux types d'hommes politiques. Les "bêtes" politiques, ceux qui font ça toute leur vie, et puis les autres, qui ont fait carrière en dehors. Cahuzac en fait partie. Il referme tout seul la parenthèse de sa vie politique.

Philippe Braud, politologue, professeur à l'Institut d'Études Politiques de Paris.