L'entrée dans l'Union Européenne n'est pas la préoccupation première des Islandais. C'est ce qu'il ressort des résultats des élections législatives organisées samedi dans cette île de l'Atlantique Nord, qui ont vu la victoire d'une coalition de centre-droit eurosceptique. Le parti de l'Indépendance (droite) a récolté 26,7% des suffrages exprimés et celui du Progrès (centre) 24,4%. Dimanche, ces deux formations ont négocié une plateforme gouvernementale qui devrait inclure soit un projet de référendum sur l'entrée du pays dans l'UE, soit un arrêt pur et simple du processus d'adhésion. Bjarni Benediktsson, chef de file de la droite islandaise, a affirmé disposer de la légitimité nécessaire pour devenir Premier ministre, ce qu'ont contesté ses adversaires de gauche.

Une gauche à l'origine du déficit budgétaire

Si cette victoire n'est pas une surprise, c'est pourtant la droite qui a mené le pays vers la crise financière de 2008. Accuser les électeurs d'amnésie serait une erreur car ce qui les a poussé à revoter pour ces partis se situe ailleurs. Hannes Hólmsteinn Gissurarson, professeur de science politique à l'Université d'Islande , assure que ce résultat était "couru d'avance". Interrogé par Metro , il explique que les électeurs "ont sanctionné la gauche (le parti social-démocrate) à l'origine d'un déficit budgétaire énorme dans un pays où la croissance économique est presque nulle. La gauche a augmenté les taxes, imposé un contrôle des capitaux et découragé les investissements". Au contraire, le professeur salue le retour d'"une droite qui réduira les taxes, encouragera l'esprit d'entreprise, stimulera la croissance économique et, finalement, créera un environnement favorable au business".

De son côté, Arnór Bogason, graphiste à Reykjavík contacté par Metro, avoue être déçu par ce vote. Pour cet artiste, "la coalition du centre-droit va tout faire pour arrêter les négociations de l'entrée du pays dans l'UE, ce qui est triste car le futur de l'Islande se situe au sein d'une grande communauté de pays". "Ces résultats, poursuit-il, auront aussi un impact important concernant les politiques énergétiques. Le nouveau gouvernement va sûrement revenir à une politique d'utilisation massive des ressources naturelles". S'il espère que cette coalition au pouvoir "ne sera pas aussi irresponsable qu'il y a quelques années", il confie "ne pas leur faire confiance".