La grande synagogue internationale Bet-el est bondée, ce vendredi soir, à Tel-Aviv. C'est jour de chabbat, et les juifs de toutes origines chantent en cœur devant un rabbin survitaminé. L'ambiance est bon enfant. Les filles en robe de soirée, prêtes à faire la fête sitôt la cérémonie terminée, se mêlent à celles qui rentrent de la plage aux cheveux encore mouillés, ou encore aux grand-mères sur leur trente-et-un. Entre les bancs, les jeunes enfants jouent sous le regard amusé des mamans.

Soudain, une sirène. La salle se raidit. Un éclair de panique se lit dans les yeux. En moins d'une seconde, le rabbin rassure ses fidèles d'un geste de la main signifiant "continuez". Ce n'était en effet qu'une ambulance qui passait dans la rue. Il est plus de vingt heures et ce jour-là, Tel-Aviv a encore une fois vécu au rythme des alertes, qui retentissent désormais plusieurs fois par jour pour prévenir de l'arrivée d'une roquette en provenance de Gaza.

À chaque alerte, les habitants cessent leurs activités et courent se réfugier dans les abris les plus proches. D'autres fois, les roquettes du Hamas tombent à côté. Ce qui se traduit par une forte explosion, bien audible. Ce jour-là, plusieurs détonations ont secoué la ville. "Ça, voyez, c'est tombé à 3 kilomètres je dirais", nous explique Uri, un artiste juif d'origine irakienne, après une forte détonation. Le sol tremble, mais pas Uri. Sur le trottoir, les passants s'arrêtent un moment, comme pour reprendre leurs esprits. Et repartent.

"On commence à avoir l'habitude"

"Les gens sont paniqués à chaque alerte, commente Uri. Et en même temps, on commence à avoir l'habitude, vous savez". Il hésite. "On prend le rythme de la guerre". En se promenant dans les rues de Tel Aviv, difficile pourtant, d'imaginer que le pays est engagé dans un conflit. Sur la plage, les jeunes jouent au matkot (raquettes de plage) et font leur jogging. Aux terrasses des pubs, les jeunes rient ensemble. "En vérité, on sent que quelque chose ne va pas, nous assure Igor, assis devant un bar. Ancien habitant de Tel Aviv, il est revenu voir ses amis. "D’habitude, il y a beaucoup de monde en ville le vendredi soir. Les rues sont bondées. Aujourd'hui, c'est un peu triste".

Soudain, une sirène. Cette fois, il ne s'agit pas d'une fausse alerte. La vie s'arrête. Il faut faire vite. Les consignes, tout le monde les connaît bien ici : trouver un abri dans la première minute de l'alarme et s'éloigner des vitres. Sinon, s'allonger sur le sol, mains sur la tête, loin des habitations. Dans la rue, où nous nous trouvons, pas de parking souterrain, ni d'abri anti-missile. Alors quand un premier groupe fonce dans l'arrière salle d'un pub irlandais, tout le monde le suit. Nous courons derrière eux.

"Ce n'est pas du déni, c'est de la survie"

Nous sommes une trentaine, compressés entre quatre murs en pierre. A côté de nous, une jeune femme semble pétrifiée d'angoisse. Certains tentent de détendre l'atmosphère et commencent à chanter, leur verre à la main. "Si, nous avons peur, nous confie l'un d'entre eux. Mais si on le montre, c'est pire. Aucun d'entre nous n'a choisi cette situation... Alors que pouvons nous faire à part vivre avec ? Ce n'est pas du déni, c'est de la survie".

Malgré le brouhaha, nous entendons parfaitement la détonation : la roquette vient d'être détruite en plein vol grâce au dôme de fer, ce système de protection anti-aérien d'Israël. La vie peut reprendre son cours. Cela doit être cela, ce que Uri appelle le "rythme de la guerre".

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