Avec les voix de 563 Grands Électeurs sur 1007, Giorgio Napolitano, qui n'y tenait pas, a été réélu à la présidence de l'Italie. Le mandat dure sept ans, lui en a 87. Aussi âgé soit-il et bien qu'il ait clairement annoncé à de multiples reprises qu'il ne comptait pas rempiler, vu le marasme parlementaire et plus généralement l'impasse politique que connaît l'Italie, à la demande générale, le président sortant Giorgio Napolitano s'est résolu à présenter sa candidature pour un second mandat.

Alors qu'après cinq tours de scrutin, les 1007 Grands Électeurs italiens ne sont pas parvenus à s'entendre pour désigner son éventuel successeur, M. Napolitano qui aura 88 ans au mois de juin est revenu sur sa première intention "par sens de responsabilité envers la nation". "Je considère qu'il est de mon devoir d'offrir la disponibilité qui m'a été demandée" a-t-il finalement déclaré. Appelé à reprendre du service par l'ensemble de la classe politique, de Pier Luigi Bersani à gauche, à Silvio Berlusconi à droite, en passant par le président du Conseil ou Premier ministre sortant Mario Monti, M. Napolitano déclarait pourtant encore ce 20 avril au matin "pourquoi donc ne me laissez-vous pas me reposer ?"

"Au-dessus du vide" politique

Mais point de repos pour les braves, en l'absence de majorité parlementaire claire après les dernières élections législatives, en février dernier, depuis lesquelles "la République est suspendue au-dessus du vide" comme le titrait samedi le Corriere della Sera, quotidien le plus lu d'Italie. Depuis ce scrutin, la crise couve dans la péninsule, troisième économie de la zone euro, en mal de gouvernance. Enfin, "les rencontres ont permis de faire émerger une large convergence" a commenté M. Bersani se félicitant que l'ensemble des forces politiques ait demandé à M. Napolitano "d'accepter sa réélection". L'expression a de quoi surprendre...

Il n'est pas dit pour autant que M. Napolitano soit réélu, même si, vu des principaux partis italiens, c'est l'issue du scrutin la plus probable et celle que chacun appelle de ses voeux. Au sixième tour de vote, en début d'après-midi, c'était en tout cas le sentiment dominant parmi les Grands Électeurs. Entre autres candidats refoulés auparavant, l'échec le plus cinglant est certainement celui qu'a subi l'ex-patron de la Commission européenne et à deux reprises du gouvernement italien Romano Prodi, à qui une bonne centaine de voix a fait défaut dans son propre camp. De quoi témoigner de la situation politique instable dans le pays et provoquer un véritable séisme à gauche, où vendredi soir, des têtes sont tombées.

Prodi défait, la gauche en péril

Alors que M. Prodi, se sentant trahi par des membres de son propre parti, se résignait vendredi soir à retirer sa candidature, le chef du Parti démocrate (PD), Pier Luigi Bersani, annonçait qu'il quitterait la tête de cette formation de centre gauche sitôt le prochain chef de l'Etat élu. De même la présidente du parti, Rosy Bindi, a annoncé sa défection. En bref, la gauche italienne est décomposée. Dans ce contexte, "le seul conseil que nous pouvons donner au PD (...) est d'éviter à tout prix de nouvelles élections (...) car ce serait un jeu d'enfant" pour ses opposants "de se partager les restes d'un parti orienté avec ténacité vers un suicide politique collectif" a écrit samedi Antonio Padellaro, directeur du journal Il Fatto Quotidiano.

Dans cette situation complexe que semble résoudre la candidature de M. Napolitano, un seul parti fait front, le Mouvement cinq étoiles (M5S) qui a cristallisé la contestation et continue de voter pour son propre champion, Stefano Rodotà, auquel s'est rallié le parti de gauche SEL, hier allié du PD. "Sept années ont été suffisantes, nous n'avons pas besoin de M. Napolitano" a lancé un sénateur du M5S emmené par le trublion Beppe Grillo. Que Napolitano se succède à lui même ou qu'un autre prenne la tête de l'Etat, le futur président aura fort à faire pour conduire une Italie où le centre gauche dispose d'une majorité absolue à la Chambre des députés, mais pas au Sénat, où la droite berlusconnienne et le M5S font jeu égal. En attendant qu'une solution politique se dégage, le pays est depuis quatre mois gouverné par une équipe démissionnaire. On peut imaginer qu'une fois passés les remous actuels, M. Napolitano démissionnera à son tour.