Les magistrats ne s’y attendaient pas. En tout cas, la décision les a étonnés. C’est ce qui ressort de la réaction de Virginie Duval, présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) : elle a jugé lundi "étonnante" la grâce partielle accordée par François Hollande à Jacqueline Sauvage, en s'interrogeant sur "l'influence des groupes de pression" dans ce dossier.

François Hollande a accordé dimanche la grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent. Cette grâce est partielle et pourrait entraîner sa libération dès la mi-avril.

Influence des groupes de pression ?

"J’espère que le président avait tous les éléments du dossier en main et qu'il ne s'est pas uniquement prononcé sur ceux donnés par la famille et le comité de soutien de Jacqueline Sauvage", a réagi Virginie Duval. "Cette décision est d'autant plus étonnante que deux jurys populaires se sont prononcés dans cette affaire après plusieurs jours de débats contradictoires. Normalement, la voix du peuple, c'est les cours d'assises, pas les pétitions", a-t-elle lancé en s'interrogeant sur "l'influence des groupes de pression et de la pression médiatique" dans ce dossier.

"Évidemment, un jury populaire peut toujours se tromper. Mais deux jurys populaires différents avec une même peine prononcée... je ne vois pas en quoi le président de la République en n'écoutant que la famille se tromperait moins", a-t-elle fait valoir. "Je ne connais pas le dossier mais je constate la jurisprudence dans ce type d'affaire: quand une femme a tué son mari qui la battait, c'est pas dix ans. On a même vu des cours d'assises acquitter des accusés. Les jurys prennent en considération ces éléments. Donc, il faut s'interroger sur ce qu'il y avait dans le dossier. Le fait de tirer trois coups de fusil dans le dos ne peut pas être de la légitime défense", argue la représentante des magistrats.

"Il ne s'agit pas de fustiger la compassion que l'on doit avoir à l'égard des femmes battues mais il faut faire attention car il est possible que, dans certains cas, on ne soit pas dans cette configuration, insiste Virginie Duval qui s'interroge également sur le maintien de la grâce présidentielle dans notre arsenal juridique. "C'est une réminiscence de l'Ancien Régime et l'on peut se poser la question de son existence aujourd'hui", a-t-elle jugé.

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