Alors que la catastrophe de Fukushima semblait avoir réglé la question du nucléaire au Japon, deux ans plus tard, le dossier reste toujours rouvert. Après l'accident qui avait suivi le terrible tsunami du 11 mars 2011, les 50 réacteurs du pays avaient été arrêtés. Le gouvernement de l'époque avait même évoqué une sortie totale du nucléaire d'ici à 2030, à la grande satisfaction d'une opinion publique majoritairement hostile à un retour de l'atome. Mais depuis, deux réacteurs ont été relancés et la réflexion sur le nouveau "bouquet énergétique" qui éclairera demain le Japon, remet le nucléaire dans le jeu.

Car l'arrêt des centrales, qui représentaient avant Fukushima près de 30% de l'énergie produite au Japon, coûte cher à l'économie nippone. Pour compenser cette perte avec les centrales thermiques, les compagnies d'électricité sont obligées d'élever leurs importations d'hydrocarbures. La facture énergétique a donc considérablement gonflé, tandis que le déficit commercial a atteint en janvier un record pour le pays (13 milliards d'euros). Le retour à des énergies fossiles expose en outre l'économie insulaire aux variations des prix des matières premières.

Redémarrer les centrales ?

La seule issue, hors nucléaire, se trouve dans les énergies renouvelables. Mais la place que nécessitent de telles installations (éoliennes ou panneaux solaires) "est une question pratique qui se pose étant donné la haute densité de population du Japon", soulignait à l'automne Paul Scalise, spécialiste du secteur de l'énergie japonais, lors d'un colloque organisé sur la question.

Revenu aux affaires en décembre, le conservateur Shinzo Abe a donc brisé le tabou en plaidant pour un redémarrage progressif des réacteurs. Une commission doit se réunir à partir du 15 mars pour faire des propositions sur la question. Mais pour savoir si ce sera possible, il faut attendre le mois de juillet : de nouvelles normes de sécurité seront alors mises en place, qui permettront d'évaluer chaque centrale et de décider au cas par cas d'un redémarrage éventuel. En face, avec la naissance d'un nouveau parti antinucléaire, le parti de l'Avenir du Japon, le camp du non s'organise.