Le parti islamiste Ennahda a récolté, pour l'élection de l'Assemblée constituante, près de 40% des voix. Les résultats de ce scrutin étaient-ils prévisibles ?
La Tunisie est sociologiquement islamiste. La victoire du parti n'a donc, logiquement, rien d'étonnant. Toutefois, il faut noter qu'Ennahda a bénéficié d'un capital sympathie. Le parti a profité de son statut de victime de la dictature de Ben Ali durant laquelle de nombreux militants ont été prisonniers et torturés. Ce vote symbolisait, d'une certaine façon, la volonté de changement.

La victoire des islamistes est-elle en accord avec les valeurs que vous défendiez lors de la révolution ?
Le concept de régime islamique est bien loin de mes aspirations. Je suis déçu du résultat, mon pays mérite mieux. Le problème de la révolution est l'inexistence de revendication politique. Il y a eu seulement le désir de faire partir Ben Ali. Conséquence : le mouvement a été récupéré par les islamistes, déjà présents sous la dictature. Ce parti n'apporte donc rien de nouveau. Les jeunes ont été écarté, la politique nouvelle avec. Il n'y a, donc, pas de rupture. Finalement, la révolution est un concept médiatique, c'est une révolte qu'il y a eu dans le pays. Rien de plus.

Comment expliquez-vous la victoire des islamistes ?
Le parti a fait de la propagande en multipliant les discours et les tracts. Par ailleurs, la campagne s'est réduite à un système binaire : pour ou contre l'islam ? Un raccourci facile pour engranger des voix. Il est urgent d'expliquer aux Tunisiens que laïque ne signifie pas islamophobe. On peut créer un état de liberté détaché de la religion, tout en restant proche de sa foi, à condition qu'elle reste dans la sphère personnelle.

Le combat pour la démocratie en Tunisie est-il fini pour vous ?
Il reste beaucoup d'inconnus pour se prononcer. Comment va réagir l'armée ? Quelle sera la réaction du ministère de l'Intérieur qui a fortement réprimé les islamistes ? Est-ce qu'on va tendre vers un régime parlementaire ? Le premier pas du changement a été fait mais il reste encore beaucoup de chemin. Certes, il y a eu des améliorations comme la liberté d'expression et la baisse du sentiment de désespoir. Mais, certaines pratiques demeurent. En juillet, la Fédération internationale des droits de l'Homme publiait un rapport affirmant que, malgré le renversement de la dictature, la répression organisée persistait dans le pays. L'objectif ? Intimider la population pour qu'elle ne manifeste pas.
C'est le rôle de tous les Tunisiens de se mobiliser pour la prospérité de leur pays. De mon côté, je continuerai à me battre.

Le blog de  Sami Ben Abdallah sur www.samibenabdallah.org