"Je revendique le sérieux, j'appelle à l'effort national mais je refuse l'austérité." L'un des mots tabous a été prononcé par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault dans son discours de politique générale pour mieux le rejeter. Pourtant pour atteindre les objectifs fixés - réduction des déficits publics en 2012 à 4,5% du PIB et 3% en 2013 -, le gouvernement va devoir mener une action sur le front des dépenses mais également sur les recettes pour réduire "une dette qui a augmenté de 600 milliards d'euros depuis 2007", a-t-il souligné, provoquant un brouhaha émanant de la droite de l'hémicycle. Un brouhaha qui ne cessera qu'au départ de la plupart des élus de l'opposition à la fin du discours. "Une attitude pas très républicaine", a déploré le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux qui a succédé à Jean-Marc Ayrault à la tribune.
Il faut dire que le lancement de la session parlementaire extraordinaire a été assez inhabituel, débutant par une minute de silence en hommage au député PS des Bouches-du-Rhône Olivier Ferrand, décédé subitement samedi. Elle s'est poursuivi par une interruption de séance suite au malaise du député PS de l'Hérault Patrick Vignal.
Pas d'entorse au projet du président Hollande
Fort d'une "large majorité" obtenue au parlement, Jean-Marc Ayrault ne s'est pas laissé déstabiliser et n'a pas eu besoin de moduler son discours, égrainant les promesses électorales du président François Hollande. "Un engagement qui a fait l'objet d'un long débat démocratique", a-t-il précisé. Rappelant le leitmotiv du gouvernement : "agir avec justice", Jean-Marc Ayrault a lancé aux députés : "Je suis de la génération qui a grandit pendant les trente glorieuses, je ne veux pas être de la génération qui aura reporté le poids d'une dette excessive sur ses enfants et petits enfants."
Pour ce faire, le Premier ministre, qui a souligné avoir anticipé les récentes corrections de perspective de croissance, a réaffirmé que la politique mise en oeuvre tiendra l'objectif de retour à l'équilibe à l'horizon 2017. Pour l'atteindre, la première étape du collectif budgétaire reviendra sur deux mesures emblématiques du quinquennat Sarkozy : l'allégement de l'ISF et le bouclier fiscal toujours en activité. Dans le viseur du gouvernement également : l'exonération des heures supplémentaires dans les entreprises de plus de 20 salariés et la mise à contribution des grandes entreprises bancaires et pétrolières. De la même façon, la hausse de la TVA au 1er octobre sera supprimée et de nouvelles tranches d'imposition verront bien le jour (45% pour les plus aisés et 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d'euros).
Un changement qui appelle "la mobilisation de tous"
Pour réformer le pays et maitriser les comptes publics Jean-Marc Ayrault entend s'appuyer sur le dialogue social, une relation forte entre l'Etat et les collectivités territoriales, mais également sur une fonction publique "trop souvent humiliée". C'est le sens notamment de la conférence sociale des 9 et 10 juillet prochains. Mais des consultations auront également lieu soit dans les prochains jours soit à la rentrée sur l'école, l'environnement ou encore la décentralisation.
Une volonté de dialogue que le Premier ministre a opposé ce mardi au style du précédent gouvernement : "Les lois bâclées ne sont jamais appliquées. On ne combat pas l'inertie par l'agitation", a-t-il ainsi lâché. "Les effectifs de la fonction publique connaitront une stabilité alors que l'ancien gouvernement les détruisait massivement", a-t-il poursuivi. Une critique assumée d'un hochement de tête par son prédécesseur François Fillon.
Rappelant les mesures déjà prises en faveur des faibles rémunérations, le Premier ministre a notamment évoqué celles liées au logement, déclarant que les pénalités pour les agglomérations ne respectant pas la loi SRU seraient multipliées par 5. Mais face au défi qui attend la France, le redressement voulu par Jean-Marc Ayrault ne pourra se faire sans la "mobilisation et l'engagement de tous", a-t-il martelé.















