Le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur a présenté jeudi un rapport sur les villes du futur.

Quel sera le visage des villes du futur?
Si rien ne change, on se dirige vers des villes de plus en plus invivables. D'abord par gigantisme : dans quinze ans, trente villes auront entre 10 et 40 millions d'habitants. Les villes consommeront toujours plus d'énergie, ce qui n'est pas écologique. Et au lieu d'avoir un milliard d'humains dans les bidonvilles, on en aura un milliard et demi en 2025. Des décisions prises il y a cinquante ans ont des conséquences aujourd'hui, comme le fait d'adapter les villes à l'automobile, de laisser se développer des ségrégations entre quartiers riches hypersécurisés et quartiers pauvres, ou d'isoler les commerces à l'entrée des villes, l'habitat éloigné de l'activité...

Que faut-il faire pour éviter ces écueils?
Il faut réfléchir à la ville de demain. Notre rapport, « Villes du futur, futur des villes » lance beaucoup de pistes pour rendre les villes plus humaines, plus conviviales, plus accessibles à tous, plus écolos, plus démocratiques…
Il faut densifier les villes : Atlanta a un territoire vingt-six fois plus étendu que Barcelone et moins d'habitants. Pourtant, elle dépense dix fois plus d'énergie pour les transports. En France, l'étalement urbain représente la surface d'un département tous les sept ans. Mais tout concentrer dans d'énormes villes accumule aussi les problèmes. La bonne solution pourrait être le réseau de villes moyennes, et d'avoir une organisation non pas concentrique mais multipolaire. Se pose aussi la question des moyens. Beaucoup de grandes villes du Sud ne peuvent pas s'en sortir si elles ne sont pas aidées par leur Etat.

Que préconisez-vous?
Je propose de créer une agence mondiale des Nations-Unies dédiée aux villes, comme la FAO pour l'alimentation ou l'OMS pour la santé. Il existe une agence ONU-Habitat, mais il faudrait lui donner plus de moyens pour ne pas que les villes deviennent cauchemardesques à force de prolifération non-maîtrisées. En 2025, 65% de la population vivra dans des villes. La misère qui était rurale est souvent devenue urbaine. Notre rapport de prospective sera envoyé à tous les pouvoirs publics et dans d'autres pays.