Il l'avait promis, juré. Les yeux dans les yeux du Président de la République, du Premier ministre, devant les députés à l'Assemblée nationale et dans les médias. "Je n'ai pas et je n'ai jamais eu de compte en Suisse."Après quatre mois de dénégations, Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du Budget, qui a quitté Bercy le 19 mars dernier, a finalement avoué. Il a menti. Mardi après midi, devant les deux juges en charge de l'affaire, il a reconnu détenir un compte à l'étranger depuis une vingtaine d'années. Sur ce compte : 600 000 euros.

Coup de théâtre judiciaire, après un bras de fer médiatique entamé en décembre avec Mediapart, à l'origine de l'affaire : Jérôme Cahuzac est aujourd'hui mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale et blanchiment de fonds provenant de la perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la Sécurité sociale. Tremblement de terre aussi dans le monde politique, où le couperet viendra de François Hollande : par ses mensonges répétés, son ancien ministre "a commis une impardonnable faute morale".

La "République irréprochable" en danger

L'ex-ministre du Budget, ancien président de la Commission des finances de l'Assemblée et pourfendeur de la fraude fiscale a donc détenu un compte en Suisse, chez UBS, avant de le fermer pour transférer les fonds dans un compte off shore à Singapour. "Ce compte n'a pas été abondé depuis 2001 et l'essentiel de ses revenus provenait de son activité de chirurgien et accessoirement de son activité de consultant", assure l'avocat de Jérôme Cahuzac, Me Jean Veil.

Pourquoi un tel revirement, après des mois à crier son innocence ? Dans un communiqué, publié sur son blog, l'ancien ministre du Budget se confesse ainsi : "J'ai été pris dans une spirale du mensonge et m'y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. Penser que je pourrais éviter d'affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable". En vrai, il semblerait surtout que l'avancée des enquêtes en France comme en Suisse ont eu raison de son obstination.

Aujourd'hui, Jérôme Cahuzac demande "pardon". "Au chef de l'Etat, au Premier ministre et à ses anciens collègues du gouvernement", à ses "électeurs". Mais ni François Hollande ni Jean-Marc Ayrault ne semblent enclins à y répondre. "Trahi", le Premier ministre, invité du 20 Heures de France 2, tient à garder l'homme à distance et lui enjoint de "ne plus exercer de responsabilité politique, quelle qu'elle soit". Car avec l'affaire, c'est la "République irréprochable", vantée et voulue par François Hollande, qui est éclaboussée. La droite demande des comptes. Pour le FN et le Front de gauche, la chasse aux menteurs commence. "Qui savait et n'a rien dit ? ", s'interroge ainsi Jean-Luc Mélenchon.