L'opposition n'aurait manqué cela pour rien au monde. Au lendemain des aveux surprise de Jérôme Cahuzac, les rangs de la droite et du centre étaient presque pleins à l'Assemblée nationale, pour une séance des questions au gouvernement pas comme les autres. Sonnés mais pas KO, les élus PS ont également répondu présent. Au perchoir, le président de l'Assemblée Claude Bartolone n'aura pas cessé de taper la règle sur la table pour discipliner, en vain, des élus déchaînés. "C'est peut être une séance, encore plus que d'autres, où il faut savoir garder son calme", a-t-il lancé au micro à l'adresse des élus. Gonflés à bloc, les députés ont préféré faire le show.

Lever de rideau avec l'arrivée au micro du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, interpellé par l'ancien Président UMP de l'Assemblée, Bernard Accoyer. Moulinets des bras, huées et sifflets à droite, sur fond d'appels à la "démission". "Lorsque nous avons constitué le gouvernement, le président de la République et moi-même, croyez-vous que si nous avions eu le moindre soupçon, nous aurions chargé Jérôme Cahuzac du budget et du contrôle fiscal ?", a lancé le locataire de Matignon, l'air grave. "Aujourd'hui, je suis indigné comme vous", a-t-il affirmé, avant d'assurer qu'en aucun cas l'exécutif n'était "intervenu pour entraver la marche de la justice" et empêcher que le parquet de Paris poursuive ses investigations. "On a tranché là avec certaines pratiques antérieures", a-t-il glissé ensuite, suscitant aussitôt des remous à droite.

Pierre Moscovici dans le viseur

Mais c'est aussi contre le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, que l'opposition a porté le fer. La raison : ce dernier avait obtenu de l'administration fiscale suisse un document blanchissant apparemment l'ex-ministre du Budget. "Si vous voulez à tout prix chercher une mise en cause, je trouve que vous frappez vraiment à la mauvaise porte car nous n'avons rien cherché à blanchir, à couvrir ou à excuser ou à innocenter", s'est défendu le patron de Bercy, sous les appels à la démission de la droite.

Chacun se prête plus ou moins au jeu. Ainsi François Fillon, d'ordinaire peu expansif, tape -un peu- du poing sur la table, tandis qu'Eric Woerth, empêtré dans des affaires judiciaires, ne lèvera jamais pas les yeux de son I-Pad. Dans un coin de l'Hémicycle, la benjamine des députés, Marion Maréchal Le Pen, à côté d'un Gilbert Collard déchaîné, se passe de la crème sur les mains durant la moitié de la séance. Quant aux centristes de l'UDI, ils auront réussi leur pari de jouer le rôle d'une grande force d’opposition, en interpellant à plusieurs reprises le gouvernement, notamment pour demander l’ouverture d'une enquête parlementaire. Mais passées les questions sur l'affaire Cahuzac, la séance reprend son cours normal. Les rangs se vident de plus de moitié. Le show se poursuivra dans les couloirs de l'assemblée et sur les plateaux télé.