L'Egypte retenait son souffle depuis le second tour de l'élection présidentielle, le 17 juin dernier. Alors que les deux finalistes avaient crié victoire, c'est finalement le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, qui l'a officiellement emporté ce dimanche. D'après les chiffres de la commission électorale, ce dernier a en effet obtenu 51,7% des voix, contre 48,3% pour son rival Ahmad Chafiq, ancien Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak.

Réunis place Tahrir au Caire, les milliers de militants du vainqueur ont laissé exploser leur joie, en scandant " Allah akbar " (Dieu est grand) et en lançant des feux d'artifices. " Je rends un hommage particulier à la justice en Egypte, aux forces armées et de police pour avoir protégé le processus démocratique ", a déclaré le nouveau président.

"Un champion du changement"

Mohamed Morsi, ingénieur de 60 ans diplômé de l'université de Caroline du Sud, devient ainsi le premier dirigeant islamiste à la tête du pays le plus peuplé du monde arabe. S'efforçant de gommer son image d'islamiste radical durant sa campagne, il s'est posé en garant des acquis de la " révolution " et en champion du changement pour séduire au-delà des confessions religieuses. Marié et père de cinq enfants, il succède à Hosni Moubarak, destitué par la révolution du peuple égyptien le 11 février 2011, après trente ans d'un règne sans partage. Aujourd'hui, ce dernier est toujours hospitalisé à Charm el-Cheikh, entre la vie et la mort.

Des pouvoirs limités

Mais la marge de manœuvre de Mohamed Morsi sera des plus limitées. Aux commandes depuis la chute du régime, l'armée a en effet récupéré à son compte le pouvoir législatif à la suite de la dissolution de l'Assemblée du peuple et se réserve un droit de contrôle sur l'élaboration de la prochaine Constitution. En somme, " elle va décider elle-même des pouvoirs du futur président ", résume pour Metro Mathieu Guidère, spécialiste de l'Islam et du monde arabe. " Le nouveau chef de l'Etat se trouvera donc en pratique dans l'incapacité de faire passer la moindre loi sans l'assentiment des militaires ".