Une égérie peut en cacher une autre. Frigide Barjot, figure de proue de la "Manif pour tous" ces derniers mois, a renoncé. Non, elle ne défilera pas ce dimanche, dénonçant une "radicalisation du mouvement et des menaces contre sa vie". Le retrait de la blonde déjantée au débardeur rose laisse le champ libre à l'autre égérie blonde, version coupe au carré et à l'allure de la respectable mère de famille. Avec Frigide Barjot, c'est l'aile modérée, favorable à une union civile pour les homosexuels qui perd du terrain au profit de l'aile conservatrice, qui ne veut rien lâcher. Voilà donc Beatrice Bourges, porte-voix du Printemps français, jusqu'à présent cantonnée à la droite du mouvement des "antis", qui se retrouve propulsée sur le devant de la scène.

Fini les "bisounours". C'est en ces termes que Béatrice Bourges, qui se surnomme elle même "Béa", a lancé son mouvement le 24 mars dernier. Prônant la "désobéissance civile", son mouvement, habitué aux opérations coups de poings, récupère sous la coupe les franges les plus radicales des opposants au mariage homosexuel, comme les groupuscules d'extrême droite du Bloc identitaire et du Gud ou encore les catholiques intégristes de Civitas. Au point que le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, réfléchit à l'interdire.

"Transgresser les ordres"

Frigide Barjot, qui manifestait un temps à ses côtés, ne mâche aujourd'hui pas ses mots sur sa rivale, qui "favorise les actions malveillantes" et "n'a qu'un but, devenir députée. Elle est en train de se forger une sale réputation", assène-t-elle. La guerre des égéries est-elle déclarée ? "Je réponds à la haine par l'amour", nous rétorque, mielleuse, "Béa". "Je ne dirai jamais du mal d'elle...", assure-t-elle à Metronews ce dimanche, glissant tout de même au passage : "la pauvre, elle n'avait pas les épaules assez solides".

Au bout du fil, cette femme, que certains n'hésitent pas à qualifier de "dangereuse", est d'une politesse désarmante. Sûre de la légitimité de son mouvement, elle écarte d'emblée les accusations de violences. Ce sont les dires d'un "Etat policier", qui cherche à faire peur et nous "enfermer", nous assure-t-elle. A-t-elle oublié le saccage des locaux LGBT aux Blancs Manteaux à Paris en avril par des militants revendiqués de son mouvement (elle les avait d'ailleurs félicité sur son Twitter avant de retirer ce message) ? C'est ici que se pose tout le paradoxe de Béatrice Bourges : sa résistance", elle la dit "non violente", tout assurant être prête à aller jusqu'au bout. Il est d'ailleurs étonnant de l'entendre servir sa cause à grandes doses d'"amour" et de "pacifisme" avant d'encourager à "transgresser les ordres". "Ca peut aller très loin", nous explique-t-elle même, énigmatique.

"Je suis prête à m'effacer demain"

Il faut dire que peu de choses ont filtré de cette femme, insaisissable. On sait entre autres que la nouvelle icône des "antis" est née en Algérie, qu'elle a 52 ans et qu'elle s'est déjà frottée à la politique. Attachée parlementaire pendant neuf ans auprès des proches de Charles Pasqua, elle s'est présentée par deux fois aux législatives dans les Yvelines sous l'étiquette divers droite, en 2002 puis en 2012, où elle a obtenu 7% des suffrages. A ceux qui l'accusent d'être une ultra, elle répond en riant qu'elle est "divorcée et pas mère de dix enfants, mais de deux". Fondatrice du Collectif pour l’enfant, qui regroupe 80 associations de protection de l’enfance, celle qui se dit également "chef d'entreprise", sans donner de précisions, gravite pourtant autour de la sphère d’Ichtus, un institut catholique traditionaliste où elle donne des conférences.

Et lorsqu'on lui parle d'un avenir en "politique", celle-ci plaisante, taclant au passage sa meilleure ennemie, Frigide Barjot (qui, elle, pense à la mairie de Paris) : "la différence entre elle et moi, c'est que je n'ai aucune, mais alors aucune prétention. Je n'aspire à rien de personnel, rien", martèle-t-elle. Les gens se disent que j'ai un objectif secret... mais non !", nous raconte-t-elle en riant. D'ailleurs, elle nous l'assure, "je suis prête à m'effacer demain. Etre sur le devant de la scène, c'est juste par conviction, je vous le dis franchement, cela ne m'amuse pas spécialement".

Pourtant, ses combats, ses convictions, sont légion. Et "Béa" les porte avec ferveur. Pèle-mêle, elle nous cite le "gender", (les études sur le genre masculin ou féminin, "qui conduit à la déconstruction des stéréotypes de genres"), et "tout ce qui asservit l'homme", comme la GPA, la gestation pour autrui (en nous citant le fameux slogan "la femme n'est pas une usine à bébés"), avant d'embrayer sur le Grand-Orient de France et l'étendue des pouvoirs des Francs Maçons... Un patchwork idéologique, qui, quoi qu'elle n'en dise, se reconnaît dans le discours de l'extrême droite. Mais encore une fois, Beatrice Bourges refuse de parler de parti politique. "C'est le vent de la révolte" qui me pousse, résume-t-elle... Jusqu'où ?