Entre un bon brownie et de la cocaïne, le cerveau ne ferait pas vraiment la différence. Et pour cause, selon une étude de chercheurs du CNRS, les triglycérides, les graisses provenant de l'alimentation, agiraient comme des drogues dures sur lui. Il ne serait donc pas capable de faire la distinction entre ces deux substances car elles agiraient directement sur la même région : le circuit de la récompense. Ces résultats, publiés dans la revue Molecular Psychiatry, montrent l'intérêt de mieux appréhender les causes de comportements compulsifs liés à l'obésité.

"Pourquoi sommes-nous capables de nous relever la nuit pour un morceau de chocolat, mais jamais pour une envie de carotte ? Si l'acte de manger répond à un besoin biologique, le repas est généralement associé à une forte notion de plaisir, sentiment qui nous pousse vers la nourriture. Parfois dangereusement : 2,8 millions de patients dans le monde meurent, chaque année, des conséquences de l'obésité", explique les chercheurs. Sa cause fondamentale est un déséquilibre entre les calories consommées et celles dépensées.

Le rôle clé d'une enzyme


Mais cette pathologie résulte aussi d'un processus chimique dans le cerveau. Les sucres et graisses ingérés sont utilisés comme source d'énergie par l'organisme. Le cerveau, lui, n'a besoin que de glucose (sucre) pour fonctionner. Mais on y trouve, au cœur du circuit de la récompense, une enzyme capable de décomposer les triglycérides. Pourquoi ? C'est ce qu'ont voulu savoir les chercheurs. Les triglycérides se trouvent dans des aliments riches en graisse saturée comme les viandes grasses, le fromage ou encore le chocolat.

Avec des souris, ils ont simulé l'action d'un bon repas en leur injectant directement dans le cerveau des triglycérides. Ils ont alors observé une modification de leur comportement : l'animal semblait repu car il était moins motivé pour actionner un levier permettant d'obtenir une friandise et préférait équilibrer son alimentation entre une nourriture riche en graisses et des aliments plus simples. A l'inverse, chez les souris, chez qui l'enzyme spécifique aux triglycérides était génétiquement éliminée, le comportement était inversé.

Le cerveau s'adapte

En effet, quand les triglycérides n'étaient plus décomposés dans leur cerveau, elles montraient une motivation accrue pour obtenir une friandise et préféraient à chaque fois une nourriture riche. Plus l'exposition aux triglycérides était longue, plus les souris devenaient flemmardes et gourmandes. "Des conditions idéales pour la prise de poids. A taux soutenus de triglycérides, le cerveau s'adapte pour obtenir sa récompense, de façon similaire aux mécanismes observés lors de consommation de drogues", explique les chercheurs.

En clair, les aliments riches en gras pour les obèses seraient une récompense équivalente à de la drogue dure chez le toxicomane. "Ces travaux indiquent pour la première fois que les triglycérides pourraient agir comme des drogues dures dans le cerveau, sur le système dit "de la récompense", contrôlant ainsi la composante hédonique de la prise alimentaire", concluent-ils. Cette étude confirme les résultats d'une autre étude menée également par des chercheurs du CNRS, qui indiquait déjà qu'une diminution de cette fameuse enzyme dans le cerveau induit une obésité. CQFD.