C'est une maladie dont on parlait peu il y a encore quelque temps. L'intolérance au gluten, aussi connue sous le nom de "maladie cœliaque", se manifeste chez les individus prédisposés, qui ne possèdent pas les enzymes nécessaires pour le dégrader correctement lors de la digestion. Il s'ensuit des douleurs abdominales, une diarrhée chronique et un amaigrissement, des symptômes liés à une inflammation des muqueuses de l'intestin et conduisant à une malabsorption des nutriments (fer, calcium…).

Les personnes qui en souffrent n'ont pas le choix, elles doivent suivre un régime sans gluten à vie faute de traitement. C'est sur cette piste que travaillent de nombreux chercheurs, tandis que d'autres préfèrent se pencher sur l'origine du phénomène. À ce sujet, deux scientifiques viennent de lancer un pavé dans la mare en mettant directement en cause la firme américaine Monsanto et son célèbre herbicide, le Roundup. Ce désherbant, l'un des plus utilisés au monde, représente 40% du chiffre d'affaires de la firme.

Une substance détectée chez l'homme

Dans la revue Interdisciplinary Toxicology, les deux chercheurs accusent le glyphosate, le principal composé actif du Roundup, d'être le facteur le plus important de cette épidémie d'intolérance au gluten. Leur conclusion ne concerne toutefois que des expériences réalisées sur des animaux : des poissons d'eau douce directement exposés au Roundup ont développé des symptômes similaires à ceux de la maladie cœliaque. Ainsi, le glyphosate s'attaquerait aux parois de l'intestin, ce qui aurait un impact sur l'absorption des nutriments.

Il faudra attendre des tests sur d'autres animaux pour pouvoir prouver sa toxicité, car il est précisé sur la fiche du glyphosate que cette substance peut être toxique pour les animaux aquatiques. Mais l'étude a néanmoins révélé ce que beaucoup soupçonnaient déjà : d'une manière ou d'une autre, le Roundup se retrouve dans l'organisme humain. Sa présence peut se détecter clairement dans des échantillons d'urine, comme l'a prouvé l'association des "Amis de la Terre".

En 2013, son étude montrait que la présence de glyphosate a été détectée chez près de 44% des citoyens européens qui avaient accepté de donner un échantillon d'urine, dont 30% de Français qui n'en avaient jamais utilisé. L'association précise également que son autorisation d'utilisation aurait dû s'achever en Europe en 2012. Mais lorsque la firme Monsanto demanda son renouvellement en 2010, la Commission européenne décida de prolonger cette autorisation jusqu’en 2015.