Cela fait plusieurs années que l'Iran accuse Google Earth d'être un outil idéologique pour les pays de l'Ouest. Désormais, la République islamique a décidé de passer à l'offensive : il va créer sa propre carte numérique du monde, avec le globe vu à sa façon, rapporte lundi Courrier International, citant un article du Times. Un projet intitulé "Basir", "spectateur" en farsi.

Et dans ce monde vu par les musulmans, les changements seront nombreux. "Nous allons proposer des informations sur notre site qui mettront les peuples du monde face à la réalité, a annoncé Mohammad Hassan Nami, ministre de la Communication. Nous valeurs sont celles de Dieu et ce sera la différence entre Basir et Google Earth, qui appartient au dangereux triangle des États-Unis, de l'Angleterre et des sionistes." S'agit-il seulement d'indiquer la direction de La Mecque ou de rebaptiser le golfe Arabique en golfe Persique, comme cela se fait déjà en Iran ? Ou le pays présidé par Mahmoud Ahmadinejad ira-t-il jusqu'à identifier ses ennemis, voire à masquer les preuves de la production d'armes nucléaires sur son territoire ?

Appuyer la propagande de la République islamique

"Les préparatifs ont été effectués pour le lancement de notre projet de carte 3D du monde, et nous créons actuellement un centre de données appropriées pour traiter de volume d'informations", a poursuivi le ministre, qui espère finaliser le tout "dans les quatre mois" qui viennent. Techniquement, aux images satellites de la Terre se superposeraient les données évoquées par Nami. Dans les faits, il est pourtant impossible que le régime iranien dépasse Google, avec quatre mois de préparation et un budget beaucoup moins important que le géant américain.

En revanche, tous les éléments modifiés profiteront au régime iranien, pour asseoir une culture islamique et appuyer la propagande nationale. Le projet, au-delà de ce qu'il comporte, reflète "la paranoïa, les manipulations et l'autoritarisme qui sont les marques de fabrique du régime d'Ahmadinejad", analyse le Times. En Iran, l'accès aux services de Google (messagerie Gmail, Google Earth) est contrôlé et de nombreux résultats de recherches sont bloqués.