L'Irlande interdit - un peu moins - l'avortement. Peu après minuit dans la nuit de vendredi, les parlementaires irlandais ont adopté une loi autorisant l'avortement dans le cas où la vie de la mère est en danger. Ce pays, à forte tradition catholique, était le dernier en Europe, avec Malte, à interdire encore l'avortement, quelle qu'en soit la raison.

La nouvelle loi, votée à l'initiative du gouvernement, a été adopté par 127 voix contre 31, après des discussions marathon portant sur 165 amendements. Elle doit maintenant être avalisée par la haute chambre du Parlement, où le gouvernement est majoritaire et qui devrait donc donner son feu vert.

Une loi qui ne va pas assez loin, pour la gauche

Le texte autorise l'avortement si la poursuite de la grossesse fait courir à la vie de la mère "un risque réel et substantiel" qui doit être certifié par les médecins. Et en cas de risque de suicide de la mère, l'avis unanime d'un obstétricien et de deux psychiatres est requis. Des conditions, pourtant très restrictives, qui ont soulevé une vague de protestation dans le pays. Près de 35 000 personnes ont manifesté dans les rues de Dublin, samedi. Sur les bancs des parlementaires aussi, la nouvelle loi a provoqué d'importantes résistances. Certains députés craignaient en effet qu'elle n'ouvre la voie à la multiplication des avortements. Le Premier ministre Enda Kenny (centriste) avait imposé un vote favorable à ses troupes sous peine d'exclusion du groupe parlementaire.

En 1992, la Cour suprême irlandaise avait jugé qu'une femme avait le droit d'avorter si sa vie était en danger, mais cette décision n'avait toujours pas été transposée dans la loi. Un fait divers qui a marqué le pays a incité le gouvernement à accélérer le processus législatif. En octobre 2012, Savita Halappanavar, une femme d'origine indienne de 31 ans, décède d'une septicémie à l'hôpital de Galway une semaine après y avoir été admise alors qu'elle était en train de faire une fausse couche, à 17 semaines de grossesse.

Pour les députés de gauche, il faut aller encore plus loin et prévoir l'avortement en cas de viol et d'inceste ou si le fœtus est anormal. Il faut dire que chaque année, des milliers d'Irlandaises vont subir un avortement à l'étranger. Selon les statistiques du département britannique de la santé publiées jeudi, près de 4.000 femmes, dont 124 de moins de 18 ans, sont venues d'Irlande vers l'Angleterre ou le Pays de Galles pour un avortement en 2012.