C'est l'histoire d'une révolution pacifique, anticapitaliste et démocratique, que nos médias tairaient pour ne pas s'attirer d'ennuis. Un peu trop beau pour être vrai, me direz-vous ? Certes, mais pas complètement faux non plus. C'est le site Mediapart, en fait le blog de l'un de ses abonnés, qui a lancé ce (petit) pavé dans la mare médiatique française lundi dernier, avec un article évoquant la prise du pouvoir par le peule islandais...

Celui-ci aurait ainsi "chassé la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel", puis la "gauche libérale parce qu'elle entendait mener la même politique que la droite", avant d'"imposer un référendum pour déterminer s'il fallait rembourser les banques"... Référendum où le "non" l'a emporté à hauteur de 93%.

Et comme si cette fin n'aurait pas été suffisamment joyeuse, le site nous apprend aussi que des citoyens lambda auraient obtenu l'élection au suffrage universel d'une assemblée constituante composée de 25 d'entre eux, chargés de réécrire eux-même la Constitution pour "traduire la colère populaire contre le capitalisme". Une histoire à émoustiller un Olivier Besancenot qui mérite cependant quelques éclaircissements, donnés par le site Rue89 dès le 9 janvier dernier.

Note
Rappelons d'abord que l'Islande, qui compte à peine plus de 300 000 habitants, se trouvait au deuxième rang du classement mondial de l'indice de développement humain, juste derrière la Norvège, en 2006. Depuis, la crise financière de 2008 est passée par là, ravageant complètement l'économie locale. Ce qui a conduit à la nationalisation des trois grandes banques du pays, toutes en faillite : Kaupthing, Glitnir et Landsbanki.

Restait le cas Icesave, filiale de Landsbanki à l'internationale, travaillant pour le compte de clients à grande majorité britanniques et néerlandais, pour lequel l'Etat islandais décida d'indemniser ses seuls clients islandais, forçant la Grande Bretagne et les Pays-Bas à dédommager leurs propres épargnants. Cela ne pouvait évidemment pas en rester là, et les deux pays en question présentèrent la note à l'Islande, sur la base d'un crédit à 5,5%. C'est ce seul remboursement qui fut l'objet d'un référendum, et donc du refus massif de la population.

Quant aux manifestations pacifiques ayant provoqué la démission du Premier ministre de droite au pouvoir, elles furent provoquées par la crise elle-même, tout simplement. Alors que la population souffrait de plus en plus du chômage et du mal-logement, le Parlement débattait pour savoir si les supermarchés avaient le droit de vendre de l'alcool... Déjà contesté à cause des déboires des banques nationales, le gouvernement a logiquement dû se résoudre à mettre les voiles, le Premier ministre prétextant un problème de santé pour démissionner.

Promesse
La gauche qui lui a succédé, en avril 2009, n'a effectivement pas tellement changé la façon de gouverner jusqu'alors, suivant à la lettre les consignes du FMI et les lois du marché pour mieux intégrer, à terme, l'Union européenne. L'élection d'un panel de citoyens ordinaires censés réécrire la Constitution ? Rien d'autre qu'une promesse électorale finalement tenue par la gauche.

Une promesse attendue, a clairement expliqué un politologue islandais à Rue89 : "Notre Constitution de 1944 était calquée sur celle du Danemark. Depuis des années, nous prévoyions de la changer. Nous avons repoussé le projet plusieurs fois. La crise de nos banques a servi d'opportunité pour se lancer." Merci la crise, donc !

Donnons tout de même raison au blogueur de Mediapart pour finir, quant au fait de savoir pourquoi ces évènements n'ont pas été relayés en France, car il pourrait en l'occurrence bien s'agir du remède contre la crise choisi par l'Islande, à savoir la nationalisation. Recours qui ne serait sans doute pas au goût de certains de nos médias.