A Kiev, l’hostilité à l’égard des quelques immigrants qu’accueille le pays ne cesse de grandir. Un parti politique d’extrême droite qui attire de plus en plus de votes, un président qui pousse les électeurs vers les radicaux… Bienvenue chez le co organisateur de l’Euro 2012. Mohamed Sesay est sierra-leonien. Il estime que les Noirs africains comme lui sont les souffre-douleur favoris des extrémistes.
"Certains vous provoquent juste pour voir votre réaction. Les jeunes noirs doivent éviter les hooligans." Lorsque Mohamed est arrivé, il y a vingt-cinq ans, les Ukrainiens étaient simplement curieux. "Le pays s’est radicalisé ces dix dernières années, souligne Maksym Butkevych, coordinateur d’une organisation non gouvernementale. La partie visible de l’iceberg est l’augmentation des crimes racistes."
Svoboda, un parti d’extrême droite, arborait jusqu’à peu une croix gammée sur son emblème. Il a obtenu 25 sièges aux élections locales l’an passé. "L’Ukraine est très blanche. C’est un paradis pour extrémistes", note Anton Shekhovtsov, qui édite des livres sur l’extrême droite. "Bien sûr que je trouve inquiétant que Svoboda soit plus puissant qu’il y a cinq ans, s’exclame Vyacheslav Likhachev, un Ukrainien juif. Mais les partis radicaux sont devenus communs en Europe de l’Est."
"Qu’est-ce que tu regardes toi ?"
Paradoxalement, la radicalisation augmente alors que les minorités sont peu nombreuses : 96 % de la population est ukrainienne ou russe. Aujourd’hui, Mohamed Sesay dirige une société et aide des jeunes immigrants. "Parfois, les gens ne font que vous dévisager. Cela énerve certains Noirs, qui lancent un : « qu’est-ce que tu regardes, toi ?". Certains d’entre nous réagissent mal et donnent une mauvaise image à l’ensemble. Moi, je dis "ne cherche des problèmes que si les problèmes te cherchent".

















