Coûteuses frontières. Vingt ans après sa création, l'espace Schengen a du plomb dans l'aile. Sur fond de crise des migrants et de menace terroriste, jamais l'espace européen de libre circulation des personnes et des marchandises n'a été aussi menacé. Nombreux, en effet, sont ceux qui plaident pour le rétablissement des frontières au sein de l'Union européenne. Un rétablissement qui aurait un coût non négligeable, à en croire une récente étude réalisée par l'institut Prognos pour le compte de la Fondation Bertelsmann.

Au minimum, la fin de la libre circulation en Europe coûterait sur dix ans 470 milliards d'euros aux pays membre de l'espace, soit environ 0,3% du PIB de l'UE. Mais le rétablissement des frontières pèserait également sur les économies non européennes, comme les Etats-Unis et la Chine. L’institut d'études et de conseils allemand estime en effet que les coûts de production seraient renchéris de 1%. L'Allemagne assumerait alors, entre 2016 et 2025, 77 milliards de coût sur son PIB (0,29%), tandis que la facture la plus lourde serait pour la France avec 80 milliards d'euros sur dix ans, ce qui correspondrait à un peu plus de 0,4% de son PIB.

Jusqu'à 1400 milliards d'euros

Pour atteindre ce montant, Prognos a estimé le coût du rétablissement des frontières et donc des contrôles pour les entreprises, qui se traduirait par des frais de personnel accrus et des coûts de stockage de la marchandise plus élevés en raison du ralentissement du flux. La fermeture de Schengen entraînerait en outre une hausse des prix à l'importation évaluée à 91 milliards d'euros pour les Etats-Unis et 95 milliards d'euros pour la Chine, sur la même période.

Mais la facture pour les pays membres pourrait s'avérer bien plus salée. Selon un scénario pessimiste dessiné par l'institut allemand, la fermeture des frontières engendrerait une augmentation des coûts de production de 3%, soit 1 400 milliards d’euros, dont 235 milliards pour l’Allemagne et 244 milliards pour la France (près de 1,3% du PIB).

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"Si les frontières sont réinstallées, la croissance déjà faible en Europe va être encore plus sous pression", a commenté Aart De Geus, président de la Fondation Bertelsmann. "Au final, ce sont les citoyens qui paient la facture", a-t-il estimé. Récemment une étude de France Stratégie avait estimé les coûts d’une fermeture de l’espace Schengen pour la France seule à un à deux milliards d’euros par an à court terme et jusqu’à dix milliards à plus long terme.

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