"Une bonne nouvelle ? Oui, pour les acheteurs de temps de cerveau disponible ! Beaucoup moins pour les parents soucieux de désintoxiquer leurs enfants de la surconsommation !" Résistance à l’agression publicitaire (RAP) ne décolère pas. Dans la ligne de mire de l’association, un détricotage d’une proposition de loi, censée encadrer la publicité dans les programmes jeunesses de la télévision publique. 

Sauf que mercredi, les députés qui examinaient la proposition de loi l’ont bien adoptée… mais ont introduit un amendement qui modifie considérablement la portée d’un des articles, estimé le plus important. L’article 2 visait en effet à interdire la publicité avant, pendant et après les programmes jeunesse. Mais la députée PS du Loiret, Valérie Corre, également membre de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation, a estimé que pour statuer correctement, un nouveau rapport était nécessaire. C’est la teneur de l’amendement qui a été adopté.

"C’est le Far west. On peut vendre aux enfants tout et n’importe quoi" 

Sur son blog, la députée motive sa position. Avec une tribune en forme de "Oui, mais… ". "Je souscris pleinement à l’objectif de protéger les enfants de cet environnement publicitaire très présent dans notre société, notamment pour lutter contre l’obésité infantile", avance-t-elle. Elle écrit pourtant un peu plus loin que "l’efficacité" de la proposition de loi "peut néanmoins être discutée". Parmi les arguments avancés, le fait que la loi ne concerne pour l’instant que la télévision publique, alors que les jeunes sont "confrontés à la publicité dans leur environnement quotidien", que "certains programmes de téléréalité" sont eux aussi associés à des publicités particulièrement néfastes, ou encore que cette suppression "représenterait une perte de recette évaluée à environ 20 millions d’euros" pour France Télévisions. Bref, elle conditionne le vote de l’article à un rapport… "remis au plus tard le 30 juin 2017". Après la prochaine présidentielle, donc.

Pour les associations, c’est carrément une façon d’enterrer le projet. Surtout que des rapports, il y en existe déjà, indique Thomas Bourgenot, porte-parole de Résistance à l’agression publicitaire. "Nous avons été auditionnés, avec d’autres associations, ainsi que des psychiatres, et des nutritionnistes. Cela a donné un rapport sur lequel s’est basé le Sénat lors de la première lecture du texte en octobre dernier. Un autre a été fait avant cette proposition de loi. Est-ce que cela ne suffit pas ?" Pour RAP, c’est clairement le lobby industriel qui a dicté sa loi, "comme à chaque fois qu’on touche la publicité pour les confiseries", estime Thomas Bourgenot. "En 2009, les députés avaient déjà essayé d’encadrer les publicités pour les confiseries dans les émissions pour enfants", rappelle-t-il. "Les industriels avaient contre-attaqué en signant plutôt une charte de bonne conduite." Mais aujourd’hui concrètement, rien n’a changé. "Aucune règle ne régit cette publicité. C’est le Far west. On peut vendre aux enfants tout et n’importe quoi." 

Une pétition en ligne

Pourtant, limiter la publicité pour les enfants est un véritable enjeu de santé publique, pour Résistance à l’agression publicitaire. "Tous les psychiatres le disent : un enfant de moins de 8 ans ne fait pas la différence entre une publicité et un programme, et n’a donc aucune distance", martèle Thomas Bourgenot. "D’autant que la plupart des publicités adressées aux enfants sont sur des produits nocifs, trop gras, trop sucré ou trop salé, des jouets ou produits sexistes. Et qu’ils sapent l’autorité des parents, en les présentant comme idiots, ou en incitant les enfants au caprice, ou à la surconsommation." Pour défendre la proposition de loi, le RAP et le Mouvement pour une alternative non-violente font circuler une pétition. Elles appellent également à interpeller les députés pour qu’ils adoptent l’amendement que vont déposer les écologistes lors de la prochaine lecture à l’Assemblée, le 16 janvier prochain, qui vise à rétablir la version initiale du fameux article 2. "Ce n’est une proposition de loi qui sort de nulle part. La Suède, la Norvège, ou encore le Québec, interdisent déjà toute forme de publicité pour les enfants", rappelle Thomas Bourgenot. "Et est-ce que le service public n’a pas une autre vision à proposer que trouver le bonheur dans la surconsommation ?"

A LIRE AUSSI >> Sondage : l'arrêt de la publicité sur la télévision publique n'a rien changé