Décidément, il n’a pas peur d’aller à contre-courant. Le pape François a encore surpris son public, mercredi, en affirmant que "la France doit devenir un Etat plus laïc". Le souverain pontife recevait en fait mardi pendant une heure et demie une délégation des Poissons roses, mouvement politique d'inspiration chrétienne affilié au Parti socialiste (PS). L'entretien a été rapporté mercredi dans l'hebdomadaire La Vie.

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La laïcité française est saine

"Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïc", car sa laïcité "résulte parfois trop de la philosophie des Lumières, pour laquelle les religions étaient une sous-culture. Et la France n'a pas encore réussi à dépasser cet héritage", a ainsi jugé le pape François.  Car pour lui, le concept de laïcité introduit dans la démocratie française est "sain", car, "de nos jours, un Etat se doit d'être laïc". Mais "une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. La recherche de la transcendance n'est pas seulement un fait, mais un droit".

Le pape a aussi dénoncé le "poison" des idéologies. "On a le droit d'être de gauche ou de droite. Mais l'idéologie, elle, ôte la liberté". Il a aussi exprimé son inquiétude pour l'Europe qui "s'affaiblit et risque de devenir un lieu vide (...) en oubliant son histoire". "Le seul continent qui puisse apporter une certaine unité au monde, c’est l'Europe. La Chine a peut-être une culture plus ancienne, plus profonde, mais l'Europe seule a une vocation d'universalité et de service", a-t-il estimé.

"L'invasion arabe", oui, mais "l'échange entre les cultures"

Evoquant l'immigration, François estime qu'"on peut parler aujourd'hui d'invasion arabe", mais, remarque-t-il aussitôt positivement, "combien d'invasions l'Europe a connues ! Et elle a toujours su se dépasser elle-même, aller de l'avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l'échange entre les cultures".  François, dont le voyage en France annoncé dès l'an dernier n'a pas encore été programmé, avoue mal connaître la réalité française : "Je suis allé seulement trois fois en France (...) Je ne connais donc pas votre pays. Je dirais qu'il exerce une certaine séduction. (...) En tous les cas, la France a une très forte vocation humaniste."

"Ma spiritualité est française. Mon sang est piémontais, c'est peut-être la raison d'un certain voisinage", dit-il en citant le jésuite français Michel de Certeau (1925-1986) comme "le plus grand théologien pour aujourd'hui". Le pontife a rendu hommage à la Française Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qu'il a rencontrée deux fois : "Une femme intelligente. Elle pressent que l'argent doit être au service de l'humanité et non l'inverse."  Trente-deux personnalités catholiques de gauche, dont Philippe de Roux, fondateur des Poissons roses, étaient présentes à cet entretien.