Le vendredi 13 novembre 2015, Patricia Correia était à Lisbonne. Elle devait rentrer le lendemain soir, en avion, et espérait que sa fille unique, dont elle est très proche, viendrait la chercher à l'aéroport. Par SMS, Précilia, 35 ans, l'informe qu'elle ne pourra pas car elle doit aller à un concert. "Je n'ai pas beaucoup d'occasions de sortir, donc je vais en profiter", lui écrit-elle par texto, après avoir appris que son petit ami avait récupéré des places.

Vers 22 heures, depuis le Portugal, Patricia découvre qu'il se passe quelque chose de grave à Paris, sur des terrasses de café, puis au Bataclan. "Manu, le petit ami de Précilia, habitait rue du Faubourg-Saint-Martin. J'ai tout de suite essayé de les joindre en espérant qu'ils n'étaient pas partis boire un verre"... Les appels de Patricia resteront sans réponse.

"Personne ne nous avait prévenues"

"Le lendemain, alors que j'étais encore à Lisbonne, j'ai appelé le fixe de Manu. Pas de réponse. Puis la Fnac, où travaillait ma fille. Elle n'est jamais venue… J'ai fait des appels sur Facebook, j'ai demandé au fleuriste en bas de chez elle de taper à sa porte… Rien. En dernier recours, la cousine de ma fille a appelé l'Institut médico-légal, et là, on lui a tout bonnement dit : 'Bah oui, ils sont tous les deux là. Personne ne nous avait prévenues...'".

Patricia est rentrée le 14 au soir à Paris. "Dans l'avion, je voulais être discrète. Mais je n'arrivais pas à retenir mes larmes, c'était horrible." Après avoir reconnu le corps de sa fille à l'Institut médico-légal et décoré son cercueil blanc avec des proches, elle a organisé une cérémonie à Asnières (Hauts-de-Seine), où toutes deux vivaient. Le 23 novembre, le corps de son enfant unique était transporté au Portugal. "Précilia avait la double nationalité, elle adorait Lisbonne…" confie sa maman.

"Qu'est ce que j'ai à perdre ?"

Entre-temps, pendant ses dix jours qui ont séparé les attentats des obsèques de sa fille, la maman a dû gérer beaucoup de tâches administratives et faire "toutes ces choses difficiles que l'on ne souhaite à personne". Elle a répondu aux enquêteurs de police et récupéré le téléphone de sa fille au 36, quai des Orfèvres. "Le reste de ses affaires étaient dans une antenne de police près du métro Louis-Blanc. Je n'ai pas voulu du manteau et de son sac maculés de sang. En revanche, j'ai gardé les deux places de concert qui étaient à l'intérieur du sac. C'était très important pour moi. J'essaie d'avoir une chapelle pour ma fille dans le cimetière de Prazeres (à Lisbonne, ndlr). Je voudrais encadrer les deux places, et les mettre près du cercueil de ma fille…"

"Je veux voir où ma fille est morte"

Pour "faire revivre la mémoire" de Précilia et celle de son compagnon, Manuel Perez, 40 ans, Patricia tient absolument à aller au concert organisé le 16 février prochain à l'Olympia. "Précilia était fan de rock. Son groupe préféré, c'était Nirvana. Le 13 novembre 2013, ironie du sort, elle avait été au concert de Queens of the Stone Age au Zénith. Moi, Eagles of Death Metal, je ne connaissais pas. Je découvre, en écoutant des morceaux dans son téléphone. Je veux les voir sur scène. C'était impensable que je n'y aille pas. Ma fille et son petit ami sont morts devant ce groupe. Je dois aller voir les Eagles of Death Metal, dit-elle. L'ambiance va sans doute être lourde. Je ne me mettrai pas dans la foule, je suis agoraphobe. Mais, je n'ai pas peur. Ce sera très sécurisé. Et de toute façon, qu'est ce que j'ai à perdre ? J'ai perdu ce que j'avais de plus cher". Comme les rescapés du Bataclan et les proches des personnes décédées, Patricia a pu bénéficier d'une place gratuite pour le concert.

Patricia est-elle retournée sur le site du Bataclan depuis les attentats ? "J'y ai été trois fois pour me recueillir. La prochaine fois que j'irai, c'est pour y entrer. Je veux voir où ma fille est morte. Je pense qu'elle et Manu ont pris une balle dans le dos. Ils étaient dans la salle, au fond à droite. C'est ce que j'ai pu déduire en voyant les vidéos du début du concert dans le téléphone de ma fille... Mais aujourd'hui, le 20 janvier, je ne sais toujours pas de quoi ma fille est morte. Je n'ai toujours pas eu le rapport d'autopsie", déplore la maman.

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Patricia Correia est membre de l'association "13 novembre : fraternité et vérité" qui regroupe des proches et rescapés des attentats. Tous s'entraident dans la gestion des moments particulièrement difficiles auxquels ils doivent faire face depuis le 13 novembre 2015.