Surpopulation, fouilles humiliantes, industrialisation de la détention... Une nouvelle fois, le rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) tire à boulets rouges sur l’état des prisons françaises. A l’occasion de la présentation de son quatrième rapport d’activité, Jean-Marie Delarue s’inquiète de l’inflation galopante du nombre de détenus, qui se traduit “par une montée inévitable des tensions et des violences en détention”.


Selon les chiffres officiels communiqués au début du mois, le parc pénitenciaire hexagonal compte 65 699 détenus pour 57 213 places. Un taux d’occupation frôlant les 115 %, qui constitue un triste record jamais atteint jusqu’alors. Jean-Marie Delarue déplore ainsi que “la capacité moyenne des établissements, déjà trop élevée, ait été accrue lors des ultimes ajustements” du projet de loi voté le mois dernier, prévoyant la construction de 24 000 places supplémentaires d’ici à 2017.

La dangerosité en question
Si l’univers carcéral évolue de manière inquiétante dans sa forme, le rapport du CGLPL s’inquiète d’une mutation liée aux fondements mêmes de la détention. Pour Jean-Marie Delarue, “le critère de dangerosité” prime aujourd’hui, amenant l’institution carcérale à ne plus “traiter les détenus pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont susceptibles de faire. Est-on capable de savoir qu’un individu va commettre un crime demain ?” s’interroge t-il. “Je ne crois pas. On aura beau perfectionner les instruments, on n’y arrivera pas”, ajoute-t-il, précisant militer notamment pour “l’introduction d’Internet en détention”.


Lançant un appel aux candidats, Jean-Marie Delarue les invite à “faire leur miel” de ses propositions. “J’ai envie de leur dire : vous vous préoccupez de la sécurité, très bien, mais dans quelle mesure vous préoccupez-vous de la dignité des personnes ?”