Alors que l'on découvrait samedi un énième sondage alarmant pour le gouvernement et le Parti socialiste, le ministre de l'Intérieur qui parvient apparemment à tirer son épingle du jeu a eu l'occasion de tester sa popularité auprès des militants à l'université d'été du PS. A en croire les applaudissements très fournis, son discours de fermeté en matière de sécurité et de laïcité a fait mouche.

Accusé la veille par le coprésident du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, d'être "contaminé" par les idées de Marine Le Pen et de reprendre "les mots infâmes de l'adversaire", M. Valls a précisément répliqué sur le terrain de la lutte contre le Front national, l'un des thèmes majeurs de la grand-messe socialiste.

Pas de "posture" sur l'immigration, pour endiguer le FN

N'en déplaise à certains détracteurs dans son propre camp, le ministre de l'Intérieur a assuré qu'il était bien "de gauche" et "socialiste". Il a cependant rejeté tout angélisme dans le combat politique contre le FN, "un parti qui simplifie tout et ne règle rien".

Tout en rigueur républicaine, M. Valls s'est dit fier d'avoir abrogé la circulaire de son prédécesseur, Claude Guéant, sur les étudiants étrangers, mais il a appelé les socialistes à ne pas se laisser aller à la "posture" sur les questions d'immigration. Il s'agit d'organiser et de réguler les flux, a-t-il expliqué, estimant que "ceux qui disent le contraire se bercent d'illusions". Le premier flic de France n'a pas évoqué la problématique du regroupement familial, qui a suscité un débat houleux cette semaine au sein de la majorité. Il a en revanche annoncé de "nouvelles orientations en matière de naturalisation" qui seront présentées mercredi au Conseil des ministres.

Relancer les naturalisations, "un beau combat pour la France"

"Le gouvernement précédent a décidé de diminuer de manière de plus en plus sensible le nombre de naturalisés" a-t-il déploré, estimant qu'une réforme est "un beau combat pour la France (...) avec des valeurs qu'il faut respecter". La laïcité et la tolérance notamment, ainsi a-t-il affiché sa volonté de combattre l'islamophobie, au même titre que son "intransigeance" sur les principes de laïcité et d'égalité hommes-femmes.

"Il faut combiner droits et devoirs, mais être Français, devenir Français, c'est une fierté" a lancé celui qui, né en Espagne, a été naturalisé à l'âge de 20 ans. Déjà en octobre 2012, le ministre de l'Intérieur avait publié une circulaire visant à "redresser la courbe du nombre de naturalisations" en assouplissant la procédure et en la soumettant à des critères "plus transparents et plus justes". Il avait entre autres consignes demandé aux préfets de faciliter l'accès à la citoyenneté des étudiants étrangers brillants, de ne plus exiger un CDI, mais simplement un CDD ou un contrat d'intérim. Pour mémoire : même en cas de séjour régulier, d'absence de condamnation pénale, de bonne intégration sociale et d'adhésion apparente aux valeurs de la République, la naturalisation n'est pas un droit, mais est soumise à la décision discrétionnaire de l'administration.

Très présent dans les médias, trop au goût de certains

Sur le fond, alors que samedi M. Valls s'est efforcé d'aplanir ses différends avec la garde des Sceaux, son "amie" Christiane Taubira, "une ministre dont chacun (...) connaît les qualités", ses camarades socialistes n'ont sans doute pas trouvé grand-chose à redire à sa prestation. A la gauche du PS tout de même, ses passes d'armes à répétition avec la ministre de la Justice sur la réforme pénale ou les pics qu'ils se sont adressés vendredi après un fait divers à Marignane n'ont pas plu à tous.

Dans la forme surtout, sa surexposition médiatique tout au long de l'été en a agacé plus d'un. "Cet été, j'achète Paris Match, je tombe sur Valls ! J'achète Gala, je tombe sur Valls !" a ainsi raillé l'une de ses collègues. Un autre membre du gouvernement note qu'entre nouveaux règlements de compte à Marseille et noyades en série, cette forte présence a certes pu être "commandée par les événements", mais aussi par une "stratégie" consistant à "prendre l'opinion à témoin".

Un triomphe ou "la claque" de militants fidèles ?

Si d'après les sondages, alors que le PS vacille, l'image de Manuel Valls auprès des Français est plutôt flatteuse, la vraie question en ce week-end d'université d'été socialiste était sans doute de mesurer sa cote de popularité au sein de sa famille politique. "Aujourd'hui, personne ne peut dire combien il pèse" au PS, dont les militants et sympathisants ne l'avaient gratifié que de 5% des suffrages lors de la primaire de 2011.

A entendre les applaudissements de l'auditoire le 24 août, il aurait gagné du terrain. Mais, souligne malicieusement un ministre, le patron de la place Beauvau est "tout sauf désorganisé". Sous-entendu : il lui aurait été "facile d'organiser la claque". Et à l'applaudimètre, l'accueil réservé à Christiane Taubira, qui n'a jamais eu sa carte au PS et incarne une ligne plus à gauche, n'a pas été moins triomphal....