C'est un témoignage qui confirme un secret de polichinelle. Oui, les forces de Bachar al-Assad usent d'armes chimiques contre les rebelles syriens, ont écrit lundi deux journalistes du Monde de retour d'un reportage de deux mois sur place. Effrayant, leur récit n'est pas une surprise pour autant : depuis deux mois déjà, Washington et Londres ont fait état d'"indices", puis de "preuves" de cette utilisation, sans toutefois donner plus de détails.

Le programme chimique syrien est connu de longue date. Selon un rapport de l'organisation Nuclear threat initiative (NTI), il a été développé dès le début des années 1970 - donc par Hafez al-Assad, père de l'actuel président -, avec l'aide de l'URSS mais aussi de l'Egypte et de l'Iran. Il s'agissait alors, au lendemain de plusieurs conflits israélo-arabes et tandis que l'Etat hébreu s'équipait de l'arme nucléaire, de se doter également d'une arme de dissuasion. "L'arme chimique, c'est l'arme de dissuasion du pauvre, explique pour Metro Bérangère Rouppert, spécialiste des armes de destruction massive au Groupe de recherche et d'information sur la paix (Grip). Elle nécessite moins de moyens que l'arme nucléaire, mais son effet est réel."

L'un des plus gros arsenaux de la région

En quarante ans, Damas s'est doté de ce qui est considéré aujourd'hui comme l'un des plus gros arsenaux de la région. La Syrie étant l'un des rares pays à n'avoir pas signé la Convention pour l'interdiction des armes chimiques, aucune donnée officielle sur ses stocks n'est disponible. Des "centaines de tonnes", évalue un rapport de l'Institut américain Monterey. "Leur programme est robuste", confirme Olivier Pick,
chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Et d'énumérer "une panoplie d'agents neurotoxiques", du gaz moutarde au VX en passant par le sarin, ainsi que "tout ce qu'il faut pour les diffuser" (bombes, roquettes, obus).

Le 23 juillet dernier, Damas a reconnu pour la première fois posséder des armes chimiques. Mais "aucune", assurait alors le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, "ne sera utilisée contre nos propres citoyens", seulement "en cas d'agression étrangère". Une position désormais difficile à tenir. Si Damas souhaite prouver au monde que sa guerre est "propre", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a encore fait savoir le mois dernier qu'une équipe d'inspecteurs, stationnée à Chypre, était prête à se rendre en Syrie.