Faut-il muscler la loi sur la laïcité ? Oui, répondent à une écrasante majorité les Français dans deux sondages distincts, mais similaires. Ils sont 86% à se dire favorables à l'extension de l'interdiction des signes religieux aux écoles et aux crèches privées, selon un sondage BVA pour I>Télé publié lundi par Le Parisien. La veille, dans une enquête Ifop parue dans Dimanche Ouest France, ils étaient à peine moins (84%) à se déclarer opposés au port du voile ou du foulard islamique dans ces mêmes lieux.

Le gouvernement pourrait légiférer

L'opinion va ainsi dans le sens des tenants d'une laïcité pure et dure, qui redonnent de la voix depuis la décision surprise de la Cour de cassation, mardi dernier, d'annuler le licenciement d'une employée voilée de la crèche privée Baby Loup, dans les Yvelines. Plusieurs personnalités, comme la philosophe Elisabeth Badinter ou le défenseur des droits Dominique Baudis, ont appelé à légiférer sur cette question politiquement sensible. Le gouvernement lui-même, par la voix de sa porte-parole Najat Vallaud-Belkacem, n'a pas exclu de "préciser les choses par la loi" pour réaffirmer "un principe intangible avec lequel nous ne pouvons pas transiger".

Dans une note publiée lundi en revanche, l'institut Montaigne estime de son côté que si "la notion de laïcité suscite un malaise grandissant", notamment en banlieue, "les initiatives visant à étendre son champ " ne semblent pas de nature à garantir la sérénité des débats". Jugeant qu'il n'est pas nécessaire de modifier "le cadre législatif existant", le think thank libéral réputé proche de l'UMP préconise "des réponses d'ordre social". Parmi elles, la création "d'organes municipaux de consultation", comme il en existe à Tourcoing" ou, à l'école, l'établissement de menus différenciés dans les cantines et une plus grande souplesse face aux fêtes religieuses. Plus d'un siècle après la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, la laïcité n'a pas fini de faire débat.