C'est un nouveau drame de l'immigration qui s'est joué au large des côtes italiennes ce jeudi. Au moins 130 personnes, selon un bilan provisoire, ont perdu la vie et au moins 200 personnes sont portées disparues après le naufrage d'un bateau transportant des migrants depuis la Libye jusqu'à Lampedusa, une île au sud de l'Italie. Le bateau transportait entre 400 et 500 migrants. Peu après 11h30 (09h30 GMT), seuls 151 survivants avaient pu être ramenés à terre, secourus par les sauveteurs des garde-côtes, mais aussi par des bateaux de pêcheurs.

"C'est une horreur, une horreur ; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps", a déclaré en pleurs à l'agence italienne Ansa, la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini. Le nombre de victimes ne cessant de s'accroître, les corps qui se trouvent pour l'instant sur le quai Favarolo de Lampedusa vont être transférés dans le hangar de l'aéroport. "Les opérations de sauvetage sont encore en cours", non loin de l'île des Lapins, près de Lampedusa, a déclaré à l'AFP un responsable de la police douanière.

Signe de l'ampleur du drame, un peu plus tard dans la journée, le président du Conseil, Enric Letta, a convoqué un conseil des ministres. Une journée de deuil national a été décrétée pour vendredi dans l'ensemble du pays.

Des migrants somaliens, un passeur tunisien

Selon les enquêteurs, les passagers du navire ont mis le feu à des couvertures pour signaler leur présence à des navires marchands. En raison du fioul, le navire a pris feu et a coulé. Selon l'Ansa, un jeune Tunisien, recueilli lui aussi, aurait été reconnu par les survivants comme l'un des passeurs et arrêté par la police.

Les migrants seraient pour la plupart originaires de Somalie, a affirmé Antonio Candela, responsable de l'assistance sanitaire à Lampedusa. Ils ont d'abord été secourus par des bateaux de tourisme "alertés par les cris" des migrants. L'alerte a été donnée par des bateaux de pêche qui se trouvaient dans la zone. Deux vedettes, l'une des garde-côtes et l'autre de la police douanière sont sur place pour venir en aide aux immigrés. Des hélicoptères et d'autres moyens aériens sont également mobilisés.

Le pape exprime sa "honte"

Quelques heures après le drame, le pape François, suivi par 9 millions de personnes, a tweeté en neuf langues : "Prions Dieu pour les victimes du tragique naufrage au large de Lampedusa". A la fin d'un discours au Vatican, ce jeudi, il a également qualifié de "honte" le tragique accident : "je ne peux pas ne pas évoquer les nombreuses victimes de cet énième naufrage. La parole qui me vient en tête est la honte. C'est une honte", a-t-il lancé.

Le souverain pontife s'était rendu le 8 juillet sur l'île, la plus proche des côtes d'Afrique, pour dénoncer la "mondialisation de l'indifférence" dont sont victimes en premier lieu les immigrés clandestins qui viennent chercher de nouveaux moyens de subsistance et une nouvelle vie dans les pays riches.