Michel Debout est l'auteur du livre "Le traumatisme du chômage" (Éditions de l'Atelier, 2015)

Michel Debout est l'auteur du livre "Le traumatisme du chômage" (Éditions de l'Atelier, 2015)

En 2014, le chômage a fortement augmenté. Le nombre de chômeurs sans activité a progressé de 5,7% sur l'année. Le chômage de longue durée s'est lui aussi amplifié : le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi depuis plus d'un an a bondi de 9,3% en un an. Concernant les chômeurs inscrits depuis trois ans ou plus, la hausse atteint 19,1% sur un an. Pour le professeur Michel Debout, auteur avec Gérard Clavairoly de l'ouvrage Le traumatisme du chômage – Alerte sur la santé de 5 millions de personnes (Éditions de l'Atelier, janvier 2015), le chômage est un problème de santé publique.

Qui dit chômage, dit forcément problème de santé ?
Non, il ne s'agit pas de dire que tous les chômeurs sont malades. En revanche, on peut parler de risque sur la santé. La perte d'emploi peut constituer – ce n'est pas automatique – un psycho-traumatisme et engendrer un état de stress. Celui-ci se traduit par une perte d'appétit, de sommeil, d'irritabilité et autres signes d'anxiété et ainsi aboutit à une perte d'estime de soi. À tel point que l'augmentation du chômage est corrélée à l'augmentation du nombre de suicides.

L'absence d'emploi peut-elle entraîner des pathologies autres que psychiques ?
Oui, cet état anxieux peut aussi causer des maladies circulatoires (hypertension, infarctus), une chute des défenses immunitaires et des rechutes de maladies comme le cancer. Quand on est fragilisé par ce genre de situation, on est plus exposé au développement de pathologies. Résultat : après un an de chômage, les personnes sans emploi voient leur espérance de vie diminuer d'une année par rapport aux travailleurs.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?
Le "syndrome de la robe de chambre" est un signe d'alerte. Quand les chômeurs ne prennent plus la peine de s'inscrire dans le quotidien, n'organisent plus leur journée, ne mangent plus à des horaires réguliers, ne sortent plus et se replient sur eux-mêmes, c'est qu'ils entrent dans une spirale qui les tire vers l'isolement et peut être mortifère. Idem quand on constate une augmentation du tabac ou de la boisson.

Quelles solutions proposez-vous ?
Aux chômeurs, je dis que ce n'est pas de leur faute, qu'il ne faut pas culpabiliser et qu'ils ne doivent pas s'isoler. Gardez du lien humain et social, en pratiquant par exemple une petite activité sportive, culturelle ou associative. Aux politiques, je suggère de rendre obligatoire un rendez-vous médical dans les deux-trois mois qui suivent la perte d'emploi. Ce serait l'équivalent du médecin du travail pour les chômeurs. Ils ne sont pas tous malades mais puisqu'il y a un risque il faut qu'il y ait prévention. On leur signifierait que leur santé intéresse la société entière et qu'on ne les abandonne pas.

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