"Le premier réseau social militant qui rassemble les internautes désireux de s'engager pour la France". Le FN aura donc fini par sauter le pas du web 2.0 en créant son propre réseau social : lespatriotes.net. Mis en ligne le 8 mai dernier, le site compte ce mardi 887 abonnés. Ceux-ci ont plusieurs applications à leur disposition pour échanger avec d'autres "patriotes". Comme le détaillent ses responsables, cette plateforme permet de disposer d'un "blog, de participer à des évènements ou des concours organisés par les administrateurs, d'échanger par message avec les membres inscrits...". Avec un but affiché : "Assurer la victoire de nos idées et de la France".

Pourtant, comme l'a relevé le HuffPost, le site ne souhaite pas mettre trop en avant son identité frontiste. Seul indice : une photo de la présidente du parti en page d’accueil. Mais c'est bien l’agence de communication de Frédéric Chatillon, ami de Marine Le Pen et ex-président du GUD (Groupe union défense), qui a développé ce réseau social. Le même qui avait organisé en 2011 le voyage en Italie de cette dernière à la rencontre des nostalgiques de Mussolini, et qui se charge aujourd'hui d'imprimer les tracts du parti.

Le FN au naturel

"Je pense que le nombre d’inscrits sur le site dépassera le nombre d’encartés”, veut croire le vice-président du Front national, Florian Philippot. Mais si ce nouveau réseau made in FN prône l'ouverture, les sujets préférés du parti y ont tout de suite trouvé leur place. "Léonarda Dibrani, symbole d'une immigration clandestine se foutant de la France", titre par exemple un article sur la page Blog dont l'auteur s'essaye à définir le terme "immigré". "Autrefois nauséabond, aujourd'hui qualitatif", écrit-t-il.

Une visite plus détaillée de la plateforme permet de dresser un profil des premiers abonnés. Pour constater que le FN "pur jus", celui de Jean-Marie Le Pen, n'est pas mort. En reliant les pages Facebook - laissées publiques - des militants les plus actifs du site, on retombe en effet très rapidement sur certaines idées nauséabondes du Front national.

"Taubira mange ta banane"

Ainsi le fondateur du FN Jeunes d'Aix-en-Provence, Florent Dubois, aurait peut-être dû ne pas laisser visible sa page Facebook. Par l'intermédiaire de l'application Bitstrips, qui permet d'écrire des messages sous forme de BD, ce jeune militant ne cesse d'y taper sur Christiane Taubira, à coups notamment d'injures racistes. "Taubira mange ta banane ?! Espèce de conasse de militante indépendantiste Guyanaise. Raciste et chantre de l'anti-France !", écrit-il le 22 novembre 2013. En décembre de la même année, le jeune frontiste s'amuse également à reprendre la chanson de Dieudonné "Shoananas", référence à la Shoah, avec pour commentaire : "Tous avec moi. Dieudonnistes en avant : vague de quenelles". "Islam, hors de chez moi", peut-on encore lire sur sa page.

D'autres militants, toujours dans le "Top 10", ont laissé sur le web des traces ambiguës. Pour la commémoration de la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, David Berton, un membre du FNJ et modérateur officiel du site, a par exemple posté le 8 mai une simple photo d'Adolf Hitler sur sa page Facebook. Au-dessous de cette photo, une dizaine de commentaires antisémites ont été postés ("saloperie de sionistes"...), sans que le cadre du FN ne décide ni de les supprimer ni de les signaler. Le même David Berton publiera d'ailleurs ce commentaire sous une vidéo des Inconnus : "Mdr, Les juifs ont toutes les bonnes places et tous les bons rôles et le rôle de l'enculé de service c'est le petite Français, très pertinent, j'adore !".

L'équipe du site assure aujourd'hui que ces dérapages personnels n'auront pas cours sur la plateforme.  "Les seules consignes que nous avons c'est de respecter la loi et de n'offenser aucune communauté", explique ainsi David Berton à metronews. Et de marteler l'objectif du réseau social : "Le FN est un des mouvements les plus actifs sur la Toile. Le but, c'est de faire venir tous les patriotes. Qu'ils appartiennent à Debout la République (parti de Nicolas Dupont-Aignan, ndlr) ou à l'UMP". Pour l'heure, les frontistes parlent aux frontistes.