Le secret bancaire vit-il ses derniers jours en Europe ? Pour y mettre fin, la majorité des Etats membres de l'Union européenne ont accepté cette année l'échange automatique d'informations. En clair, ils ne peuvent plus refuser de transmettre des informations sur demande de la justice au seul motif que celles-ci sont détenues par une banque ou un autre établissement financier. Derniers Etats à faire de la résistance, le Luxembourg et l'Autriche ont tous deux accepté cette semaine de revoir leur position.

Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, a ainsi confirmé mercredi que son pays était prêt à accepter l'échange automatique d'informations à partir du 1er janvier 2015. Dimanche, son ministre des Finances, Luc Frieden, avait déjà fait un pas en ce sens. De son côté, le gouvernement autrichien, par la voix de son chancelier social-démocrate Werner Faymann, a annoncé mardi être prêt à négocier la levée du secret bancaire. Si les deux Etats mettent ces annonces en pratique, celui-ci n'existera donc plus au sein de l'UE.

La pression américaine aura été la plus forte

Le gouvernement luxembourgeois a précisé que l'échange automatique d'informations concernerait les "personnes physiques qui ont leur résidence dans un autre Etat membre de l'Union européenne, afin que ces bénéficiaires soient imposés conformément aux dispositions législatives de leur Etat de résidence". Ces dispositions ne concernent donc pas les non-Européens. Quant aux personnes résidant au Luxembourg, elles continueront à être soumises "à une retenue à la source de 10% sur leurs revenus de l'épargne et bénéficieront du secret bancaire tel qu'il existe aujourd'hui".

Pour justifier cette volte-face, le Premier ministre luxembourgeois a assuré que son pays "ne dépend pas de manière existentielle du secret bancaire". Il a néanmoins concédé que la pression internationale a pesé dans la décision, en particulier celle des Etats-Unis. Washington a en effet adopté en 2010 le Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act) qui impose aux établissements financiers étrangers de transmettre au fisc américain des informations sur les comptes détenus par ses contribuables. "Les Américains veulent seulement travailler avec les pays qui acceptent l'échange automatique d'informations. Notre place financière ne peut pas se retirer du marché américain", a plaidé Jean-Claude Juncker. Or, a-t-il ajouté, "nous ne pouvons pas refuser aux Européens ce que nous acceptons avec les Américains".

Il existe "une tendance internationale irrésistible pour que nous passions à l'échange automatique, a enfin relevé Jean-Claude Juncker. Nous devons participer a la lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale." Le sujet devrait d'ailleurs être au menu des discussions, vendredi et samedi à Dublin, de la réunion informelle des ministres des Finances de l'UE (Ecofin). Histoire de ne pas s'arrêter en si bon chemin.