Avec le scandale du chevalgate, la tentation est grande de se ruer sur des produits labellisés. Quoi de mieux, dans ce cas, qu'un produit "made in France" ? Selon un récent sondage*, 77% des Français se disent en effet prêts à payer plus cher pour un produit fabriqué sur le territoire. "Un gage de qualité", pour 93% des sondés. Mais est-ce vraiment le cas ? "Made in France", "Origine France", "100% made in France", "fabriqué en France"... Les dénominations fleurissent sur les étiquettes. Oui, sauf qu'il n'existe pas de définition légale du "made in France" et que par conséquent, chacun peut l'apposer à sa guise ! "Il y a énormément d'abus", reconnaît Fabienne Delahaye, commissaire général du salon Made in France, interrogée par Metro. "C'est aujourd'hui très difficile, pour un consommateur, d'être sûr d'acheter français. Tout est fait pour le tromper".

Il n'est en effet pas obligatoire, dans l'Union européenne et par conséquent en France, de mentionner l'origine nationale des produits, qu'ils viennent de l'UE ou d'un autre pays, sauf pour les fruits et légumes. Le marquage est donc facultatif et volontaire. Autre problème : avec la mondialisation, rares sont les produits issus d'un seul territoire. La règle est alors la suivante : une marchandise "est originaire du pays où a eu lieu la dernière transformation ou ouvraison substantielle". Et c'est là que le bât blesse. Pour apposer le drapeau tricolore sur l'emballage, il suffit donc pour les marques d'avoir assemblé les composants, même s'ils viennent de l'étranger, en France.

Une traçabilité complète quasi-impossible

Marqué "made in France", le produit n'est donc pas pour autant 100% bleu-blanc-rouge. Loin de là. Il existe bien un label, "Origine France Garantie". Mais là non plus, pas de cocorico. La Toyota Yaris, la seule voiture à bénéficier de ce label, est en fait à 50% française. Pour lui attribuer le précieux sésame, le certificateur Bureau Veritas a en effet déterminé que 52% de la valeur de la citadine provient de France. C’est bien, mais cela veut dire que 48% provient encore de l’étranger.

Ce qui est loin d'être rassurant, dès qu'il s'agit de nourriture, par exemple. La polémique du chevalgate l'a mis en lumière. Maîtriser l’assemblage final sur le territoire est simple. Mais quand il s'agit de tracer l'origine des sous-traitants de rangs 2, 3, 4 ou 5, la chose se complique. Regardons les lasagnes "pur bœuf" de Findus. De la commande des plats de la marque suédoise à la société d'abattage, on compte pas moins de sept intermédiaires, dans cinq pays différents. Un vrai-casse tête. Et au final, pas de bœuf dans l'assiette.

La Commission européenne insiste : ce cas relève non pas d'un problème de traçabilité, mais bien de fraude. Pas question donc, pour le moment, de toucher aux étiquettes. La seule garantie demeure donc celle du lieu de transformation du produit et non de celui d'où provient sa matière première. Du pain béni pour les industriels.

*Etude Ifop pour Atol réalisée du 8 au 10 janvier 2013 par questionnaire sur un échantillon de 1008 personnes.