"L'indignation et la peine m'envahissent et je me dis que trente-cinq ans à photographier les lettres ne méritent pas que je me rende maintenant." Sur son site Internet, le photographe argentin Daniel Mordzinski, surnommé le "photographe des écrivains", a annoncé lundi la destruction de milliers de ses diapositives et négatifs originaux entreposés dans un bureau du Monde depuis plus de dix ans.

Il explique : "Miguel Mora, le correspondant d'El País en France, s'est rendu au bureau le 7 mars dernier et a constaté qu'il avait été totalement vidé et que tout avait disparu sans que nous en soyons avertis". Ajoutant que "personne ne sait ou ne veut savoir pourquoi ils ont décidé de faire disparaître le travail de toute une vie. Des milliers de photos prises pendant vingt-sept ans." Des photos de Julio Cortazar, Mercedes Sosa , ou encore Astor Piazzolla, artistes argentins.

La destruction s'est produite sans l'aval de la direction

Les deux quotidiens ont présenté leurs excuses au photographe de 53 ans dans un communiqué commun, mardi. Ils expliquent avoir "tout mis en oeuvre pour comprendre les causes de ce regrettable incident et étudier de quelles manières les archives manquantes pouvaient être reconstituées". Les deux journaux ajoutent que cette destruction "s'est produite sans le moindre aval de la direction".

Ils dénoncent cependant le fait que le photographe "après avoir décidé d'entreposer ses archives au siège du journal sans en avertir quiconque au Monde, rejette sur le seul journal la responsabilité de cet incident". Et soulignent que contrairement à ce qu'affirme Daniel Mordzinski, "aucun accord contractuel n’a jamais existé entre Le Monde et El Pais prévoyant que Daniel Mordzinski puisse stocker ses archives dans les locaux du Monde". Le quotidien français propose de recevoir le photographe "dans les prochains jours".