Le printemps chilien ne s’essouffle pas. Voilà deux ans que les étudiants manifestent dans les rues pour réclamer un nouveau système éducatif. Ignoré de ce côté-ci de l'Atlantique, le mouvement rassemble pourtant des centaines de milliers de personnes et s'est intensifié ces derniers jours. La présidentielle de novembre approche. Et alors que la primaire doit se tenir ce dimanche, 100 000 personnes ont encore défilé dans les rues de Santiago mercredi, allant jusqu'à défier des forces de l'ordre qui répriment le mouvement à renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

Cela fait bientôt 25 ans que la dictature a pris fin au Chili. Mais d'Augusto Pinochet, le gouvernement a gardé son système éducatif, archaïque et élitiste, dénoncé par la population. Et pour cause. L'éducation chilienne aujourd'hui est la plus chère du monde, selon l'OCDE. En moyenne, un étudiant doit payer 3000 euros pour une année d'études, un somme que la plupart des jeunes ne peuvent pas s'offrir.

Le come-back de Michelle Bachelet

L'autre grief porte sur les universités, dont le fonctionnement favorise les plus aisés. Augmentant leurs tarifs, faisant grimper les enchères entre elles, elles permettent aux étudiants les plus riches seulement de se payer un diplôme et une place dans la société. Le coup de trop fut la nomination, en 2011, d'un homme d'affaires à la tête de la plus importante université chilienne. Ce fut le début des "marchas", avec une revendication : "gratuité et qualité" pour un nouveau système éducatif.

Deux ans plus tard, la protestation dépasse largement le milieu étudiant et rassemble aujourd'hui un grand nombre de travailleurs qui veulent crier leur ras-le-bol au gouvernement. Le président Sebastian Piñera a bien essayé de calmer le jeu en proposant des crédits à des taux plus avantageux pour les jeunes, en vain. Les espoirs des étudiants reposent aujourd'hui sur le retour au pouvoir de l'ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet. Une promesse l'a propulsée en tête des intentions de vote : en cas de victoire, les six ans d'études universitaires seraient financées par l'Etat.