Ce jeudi 31 mai est la Journée mondiale sans tabac. Fumer est un acte individuel. Pourquoi en faire un enjeu de santé publique ?
Ce n'est pas une décision personnelle, c'est une dépendance. La grande majorité sont des jeunes de 13, 14 15 ans qui découvrent le tabac. Quand ils sont adultes, il ne peuvent pas s'en passer. C'est un drogue, un poison. La cigarette contient entre 4 000 et 5 000 substances, dont quatre ou cinq cancérigènes avérées. Les effets du tabac sont nocifs même avant la naissance – si les parents fument, le foetus est affecté – et tout au long de la vie.
Quelle est l'ampleur du problème?
Chaque année, 6 millions de personnes meurent dans le monde à cause du tabac, dont 170 000 enfants. Le tabac tue plus que le sida, la malaria et la tuberculose réunis. Durant le siècle dernier, 100 millions de personnes en sont mortes. Si rien n'est fait, ce sera un million le siècle prochain. C'est pour cela que l'OMS a mis en place une convention cadre en 2005. Il s'agit du seul traité de santé publique qui existe. Il a été signé par 175 pays, qui s'engagent à lutter contre le tabac.
Quels sont les pays les plus touchés?
L'industrie du tabac, de plus en plus freinée dans les pays riches, se tourne vers les pays moins développés. Le marketing est dirigé vers les femmes ou les jeunes. Par exemple, en Chine ou en Afrique, 50% des hommes fument, mais seulement 1 à 2% des femmes. Pour l'industrie, c'est une opportunité extraordinaire. Aujourd'hui, les filles fument au même niveau que les garçons à travers le monde. Si on passe de 2 à 20% de fumeuses, ce sera un désastre en terme de santé publique.
Finalement, vous blâmez davantage l'industrie que les fumeurs?
Cette année, la journée mondiale sans tabac a pour thème "l'interférence de l'industrie du tabac". Les cigarettiers menacent les gouvernements qui prennent des mesure pour protéger leur population. Des procès ont été intentés contre l'Australie qui veut mettre en place des emballages de cigarettes neutres. Ils exagèrent l'importance économique du secteur en parlant des milliers de personnes qui perdront leurs emplois. Mais on ne sait pas d'où viennent ces chiffres.
Le plus efficace ne serait-il pas d'interdire le tabac?
En interdisant l'alcool dans les années trente, on a créé d'autres problèmes de criminalité, de trafics… Ne recommençons pas les erreurs du passé. Si on arrive à éduquer les gens, à leur expliquer que c'est un produit nocif, ce serait mieux. Le plus efficace, c'est la prévention : interdire de fumer dans les lieux publics, augmenter les prix du tabac, aider les gens qui veulent arrêter. En Australie, où le paquet coûte 16 dollars, les jeunes fument de moins en moins.
Plus d'informations sur la Journée mondiale sans tabac sur le site de l'Organisation mondiale de la santé.















