Jusqu'alors, il était surnommé le "Schlinder italien". Giovanni Palatucci, ancien chef de la police de Fiume, est mort à Dachau, en février 1945, à l'âge de 36 ans. En Italie, on trouve des places, des fontaines, des rues, à la gloire de ce héros de la Seconde Guerre mondiale. Honoré du titre de "Juste parmi les nations" par le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem en 1990, il est également fait "martyr" par le pape Jean Paul II, une étape vers la béatification. L'Histoire retenait qu'il avait sauvé plus de 5.000 Juifs entre 1940 et 1944.

Mais certains historiens mettaient en doute le portrait du héros de la nation italienne dont le gouvernement lui-même disait n'avoir aucune trace. Cinq années auront été nécessaires pour éplucher les archives de la ville de Fiume, devenue Rijeka, un micro-Etat indépendant. Et faire éclater l'effroyable vérité : Giovanni Palatucci était en réalité un collaborateur nazi.

"Exécuteur de la loi raciale"

"C'était un exécuteur enthousiaste de la loi raciale, et après avoir prêté serment à la république sociale de Mussolini, il a collaboré avec les nazis", écrit Natalia Indrimi, la directrice du Centre Primo Levi de New York, qui travaille sur l'Histoire juive italienne. Dans une lettre adressée au musée de l'Holocauste à Washington, celle qui a coordonné les recherches explique que l'homme n'est pas celui que l'Italie décrit : "Giovanni Palatucci n'a jamais été chef de la police de Fiume. Il n'y avait pas 5.000 juifs à Fiume en 1943, la région en fait en comptait à peine plus de 500, dont 80% ont fini à Auschwitz. C'était l'un des nombreux employés du gouvernement qui travaillaient dans la machine de persécution, comme si c'était n'importe quel autre travail".

Il n'a pas plus envoyé des centaines de Juifs à Campagna pour qu'ils soient protégés par son oncle évêque qu'il n'a détruit de documents pour éviter aux Juifs de Fiume leur déportation. Au contraire, il a fourni les informations à l'Etat fasciste sur ceux qui vivaient dans sa région. En 1944, Palatucci sera finalement arrêté par les nazis l'accusant d'entretenir des liens avec les Britanniques. Comment, alors, une telle légende a pu se construire ? C'est son oncle, l'archevêque Giuseppe Maria Palatucci, qui peu après la mort de son neveu a démarché les autorités italiennes. Il veut obtenir une pension pour les proches de ce soi-disant "héros". Il affirme que Giovanni a sauvé les Juifs de Fiume. L’Italie de l'après-guerre vient de se trouver un héros, la machine se met en marche. Cette semaine, le musée de l'Holocauste a fait retirer son nom.