La famille de l'adolescente Rom Leonarda Dibrani, renvoyée de France vers le Kosovo début octobre, a été agressée dimanche à Kosovska Mitrovica, apparemment en raison d'une dispute d'ordre privé sans rapport avec son expulsion par la France. "L'incident s'est produit entre deux familles, les Dibrani et les Bislimi. Il s'est avéré que M. Bislimi avait été l'époux de Xhemaili Dibrani (la mère de Leonarda, ndlr) il y a 25 ans et nous supposons que ce fait a été à l'origine de l'incident", a déclaré à la presse dimanche soir un policier, le capitaine Ahmet Gjosha.

"Nous prenons cette affaire très au sérieux. Une enquête a été ouverte avec la participation d'un procureur", a-t-il souligné. M. Gjosha a ajouté que les Bislimi avaient été rapatriés de Suisse il y a quatre mois. Le policier a précisé que quatre personnes avaient été interpellées à la suite de cet incident.

"Notre place n'est pas ici"

De retour dans la maison où ils logent à Mitrovica, après quatre heures passées au commissariat de Mitrovica, les Dibrani ont une nouvelle fois plaidé en faveur de leur retour en France invoquant le sentiment d'insécurité qu'ils éprouvent au Kosovo. "Notre place n'est pas ici, c'est pour cela que nous voulons rentrer en France. Dès que nous sommes sortis dehors voilà ce qui est arrivé", a déclaré Xhemaili Dibrani, 41 ans, sans donner le moindre détail sur sa relation passée avec M. Bislimi. "Voilà pourquoi je n'ai pas accepté de revenir seule en France. Ici nous ne sommes pas libres, on nous a attaqués parce que le Kosovo est un pays étranger pour nous", a déclaré de son côté Leonarda, 15 ans, qui est née en Italie.

"Les Dibrani se promenaient dans Mitrovica avec leurs enfants lorsqu'ils ont été agressés", a indiqué auparavant à l'AFP une source policière ayant requis l'anonymat. Selon cette source, la mère de Leonarda a été giflée. Elle a été ensuite conduite à l'hôpital, mais les médecins n'ont constaté aucune blessure grave. Son époux, Resat, 47 ans, l'a rejointe à l'hôpital alors que leurs enfants, traumatisés, avaient été transférés dans un commissariat de police.

"La communauté rom subit des discriminations" au Kosovo

Après avoir longtemps affirmé le contraire, le père, Resat, a reconnu qu'il était le seul de la famille à être né au Kosovo, ancienne province serbe qui a proclamé son indépendance de la Serbie en février 2008. "Je ne comprends pas comment le Kosovo a accepté de nous recevoir. Moi, il est vrai, je suis d'ici. Mais ma femme et les enfants ne sont pas des citoyens kosovars". Résolu à regagner la France "par tous les moyens", Resat Dibrani explique son projet : "Le problème, c'est de rejoindre la Croatie (pays membre de l'UE, ndlr) et après, la voie est ouverte". "Il faut aussi que je me procure 20.000 euros" pour payer aux passeurs le passage jusqu'en Croatie, dit-il.

Dimanche dans la journée, un représentant de la communauté rom à Mitrovica, Qazin Gushani, a rendu visite aux Dibrani pour apporter son soutien à leur retour en France. "Il n'y a pas de vie pour eux ici. Sur les 2.850 Roms vivant à Mitrovica, seuls dix ont du travail", a affirmé M. Gushani. Selon lui, les Roms de Mitrovica reçoivent une aide sociale mensuelle de 40 à 110 euros. "De toute évidence, la communauté rom subit des discriminations" au Kosovo, dit-il. De ce point de vue, pas sûr que leur situation soit plus enviable en France.