Que pensez-vous de l'expulsion polémique de Leonarda ?
Je pense qu'il y a dans notre pays, c'est un acquis républicain, des zones à préserver : l'école, l'hôpital, les centres d'hébergement. De ce point de vue, les conditions d'interpellation de Leonarda me paraissent totalement inappropriées et scandaleuses.

La France expulse-t-elle plus de sans-papier sous François Hollande que Nicolas Sarkozy ?
Le nombre d'éloignements est équivalent à ce qui se passait auparavant. En réalité, la question n'est pas celle-là. Elle est de savoir si nous sommes toujours devant des situations d'arbitraire et ce qu'il convient de faire.

"Des éléments de différenciation très nets avec la politique précédente"

Comment qualifieriez-vous la politique d'immigration menée par le gouvernement actuel ?
Elle est différente du gouvernement précédent par plusieurs éléments réglementaires. Le fait d'avoir supprimé la circulaire Guéant en 2012, d'avoir supprimé les tickets d'entrée à l'aide médicale d'Etat, d'avoir édicté une circulaire de régularisation, d'avoir relancé les naturalisations montrent qu'il y a des différences avec la période précédente. Mais je pense que des éléments symboliques auraient pu être mis en oeuvre sans aucune difficulté.

Lesquels ?
Un titre de séjour pluriannuel qui permette aux étrangers d'être stabilisés plutôt que d'avoir des titres de séjour d'un an, extrêmement précaires. De la même façon, le rétablissement de l'intervention du juge des libertés au bout de 48 heures de rétention de l'étranger en voie d'être expulsé au lieu de maintenir la situation actuelle avec une intervention à 5 jours ou le retour à une durée de rétention de 32 jours contre 45 aujourd'hui. Ce sont des mesures d'évolution qui, symboliquement, auraient pu donner le signal d'une meilleure prise en compte de cette question. Il y a des éléments de différenciation très nets avec la politique précédente et, à la fois, c'est une politique qui est attentiste et frileuse.

"Manuel Valls est un homme de dialogue"

Quel regard portez-vous sur l'action de Manuel Valls ?
Je ne peux que saluer les voies de progrès, mais en même temps, je suis de ceux qui regrettent que les pouvoirs publics n'aillent pas plus vite et plus loin dans une réforme juste. En matière migratoire, il a introduit un certain nombre de changements et en même temps, ça ne va pas assez loin et assez vite. Ce sont des éléments que je regrette. C'est très différent de la période précédente, quoi qu'on en dise, car c'est un homme de dialogue. Mais il y a une frilosité sur cette question. Il faut avoir le courage de porter une réforme.

Que préconisez-vous ?
Il faut s'attaquer à la préservation et à la rénovation du droit d'asile en France, faire en sorte que les demandeurs d'asile aient toutes les garanties dans un délai de jugement plus court qu'aujourd'hui. A l'issue d'une procédure, il faut que l'Etat dise très clairement ce qu'il va advenir des personnes. Ou elles sont éloignées parce qu'une convention internationale le permet ou alors, elles sont munies d'un droit au séjour et sont régularisées. Mais en tout état de cause, on ne peut pas rester dans la situation qui prévaut depuis près de dix ans, où les gens se trouvent dans une situation d'extrême précarité, ni éloignés, ni régularisés. Il faut avoir le courage de trancher et de définir une ligne sur cette question. Il ne faut pas être tétanisé autour de ces enjeux parce qu'il y a énormément d'instrumentalisation. Il faut construire quelque chose d'apaisé et de non-arbitraire autour de la question de l'asile et de l'immigration. Ça demande un vrai courage et de mettre à distance toutes les instrumentalisations sur ce sujet sans aucune surenchère.