Comment peut-on définir la classe moyenne en France ?
Il n’y a pas de définition unique et claire pour définir cette catégorie de population. Certaines études se basent sur les catégories socio-professionnelles, d’autres sur le ressenti des gens d’appartenir ou non à cette classe. Nous, avons choisi un critère économique : la classe moyenne comprend l’ensemble des ménages dont le revenu est compris entre deux tiers et deux fois le revenu médian, (revenu qui découpe la population française en deux parties égales). Ce qui correspond à des seuils allant de 16 550 euros à 49 650 euros par an, après prestations sociales et avant impôts. Au final, 67,4% des Français sont dans la classe moyenne, soit deux Français sur trois, alors que la proportion est moindre aux Etats-Unis : un Américain sur deux.

Justement, pourquoi comparer la France et les Etats-Unis ?
En décembre dernier, un think-tank américain a publié un rapport sur l’évolution de la classe moyenne américaine, entre 1971 et 2015. Il montrait un déclin très fort de cette classe. Dans ce pays, c’est d’ailleurs une classe de population qui concentre des débats très forts en cette période de campagne présidentielle. Ce n’est pas pour rien que Barack Obama a lancé un "plan d’économies des classes moyennes" : il y a un véritable enjeu. La classe moyenne française connaît une érosion. Nous avons voulu comparer ces deux pays pour voir si ce recul est de même ampleur et s'il est conjoncturel, ou l’amorce d’un déclin sur le modèle américain.

L'impact de la crise

C’est donc officiel : les classes moyennes sont en déclin…
Les Etats-Unis connaissent en effet une de la part des personnes appartenant à la classe moyenne, mais qui est très ancien : il date des années 1970. La France enregistre également une baisse, mais de manière beaucoup plus récente : elle a commencé en 2008-2009, et est clairement liée à la crise économique. Elle est aussi plus modérée : entre 1996 et 2012, les Etats-Unis ont vu leur classe moyenne fondre de 3,6 points, contre 1,5 point en France.

Mais si les classes moyennes "fondent", en France et aux Etats-Unis, vous montrez que ce n’est pas pour les mêmes raisons…
C’est un fait marquant : aux Etats-Unis, la baisse de la classe moyenne se fait parce que toute une catégorie de personnes s’en sort, vers le haut, en accédant à la classe des hauts revenus. En France, c’est exactement l’inverse : les individus en sortent, parce que leur situation se dégrade. La plupart se retrouvent au chômage, sans revenus.

Le schéma est le même pour les personnes étrangères, déjà dans une situation moins favorable : leur situation évolue, pour aller vers du mieux aux Etats-Unis, et au contraire elle se dégrade en France.

Les deux pays partagent en revanche une tendance franche : l’augmentation de la part des revenus détenue par les plus riches. Entre 1996 et 2012, elle a gagné 4 points en France pour atteindre 28,5% et 5 points aux États-Unis où elle s’établit désormais à... 47,3% !

Cette érosion de la classe moyenne française va-t-elle se poursuivre ?
La question est posée, il est encore difficile d’y répondre. Il peut s’agir d’un repli conjoncturel lié à la crise, et qui peut donc encore se poursuivre car la crise économique n’est pas finie. Mais il peut aussi s’agir d’un effet plus structurel, et d’une amorce d’un vrai déclin.

> Lire l'étude dans son intégralité sur le site de France Stratégies.

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