Pour frapper les ennemis de l'Amérique, Barack Obama a remplacé les interventions militaires massives, goûtées par son prédécesseur à la Maison-Blanche, par une discrète guerre de drones menée par la CIA. Tellement discrète qu'aucun bilan officiel n'existe du nombre de victimes. Mais pour la première fois, cette semaine, un responsable américain a avancé un chiffre : selon le sénateur Lindsey Graham, les aéronefs sans pilote ont tué 4700 personnes dans le monde. "Parfois on frappe des personnes innocentes, ce que je déteste, mais nous sommes en guerre, et nous avons tué plusieurs hauts responsables d'Al-Qaida", a-t-il précisé.

Cette déclaration, faite au cours d'une réunion publique, a été d'autant plus remarquée que son auteur, un républicain vétéran de la guerre du Golfe, est un ardent défenseur des drones et siège au comité des forces armées du Sénat. La presse américaine s'est donc aussitôt demandée si un chiffre confidentiel ne lui avait pas échappé. Le porte-parole du sénateur s'est empressé de préciser qu'il n'avait fait que citer un chiffre calculé par une ONG.

Obama s'engage à plus de transparence

Plusieurs ONG indépendantes tentent en effet depuis des années de comptabiliser, sur la base d'articles de presse et d'autres sources, le nombre de membres d'Al-Qaida et de civils tués dans les frappes de drones américains. La New America Foundation, à Washington, estime que le bilan se situe entre 1963 et 3293 morts, dont 261 à 305 civils. Une organisation britannique, le Bureau of Investigative Journalism, estime quant à elle qu'il y a eu entre 3072 et 4756 tués, dont 556 à 1128 civils, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Ce serait donc la source du sénateur Graham.

Jusqu'à récemment, l'Administration Obama refusait d'évoquer publiquement les détails de ce programme. Mais la Maison-Blanche a beau assurer que les attaques de drones ne sont déclenchées qu'en dernier recours, des voix s'élèvent pour réclamer plus de transparence comme celle de Human Rights Watch. Même à l'ONU, on se penche sur le dossier : en janvier, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Emmerson, a lancé une enquête "sur l'impact civil de l'utilisation de drones et d'autres formes d'assassinat ciblé".

Pressé de toute part, Barack Obama a fini par reconnaître, lors de son récent discours sur l'Etat de l'Union, que les Américains avaient besoin de plus de garanties que sa seule parole pour s'assurer de la légalité du programme. John Brennan, l'architecte du programme qui vient justement d'être nommé par le président à la tête de la CIA, s'est donc engagé à se montrer sur ce sujet "aussi ouvert que possible".