Kostas Vaxevanis
Kostas Vaxevanis est journaliste en Grèce. Photo : DR

C'est une affaire grecque qui porte un nom bien français : la "liste Lagarde". A l'automne 2010, la ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, transmet à certains de ses homologues européens une liste explosive : les noms de clients de la banque HSBC en Suisse. Scandale dans les pays concernés, qui comme la France prennent des mesures pour faire revenir l'argent de l'évasion fiscale. Mais en Grèce, la bombe fait pshitt. Deux ans plus tard, un journaliste divulgue dans son magazine Hot Doc les 2 059 noms grecs qui figurent pourtant sur le document. Arrêté puis innocenté lors d'un premier procès, Kostas Vaxevanis sera jugé en appel mardi. Entretien.

Pourquoi le gouvernement grec n'a-t-il rien fait de cette liste ?
La lecture des 2 059 noms montre que tout le système politico-économique grec est touché : i l y a des hommes politiques, des ministres, des grands patrons, des éditeurs de presse... C’est pour cela que pendant deux ans, les gouvernements successifs ont caché la liste Lagarde.

Après sa publication, un scandale a pourtant bien éclaté, mais aux relents antisémites…
Les politiques ont tenté de faire porter tous les soupçons de l'opinion publique vers les noms juifs apparaissant sur la liste, en accusant à tort des hommes comme Sabby Mionis. Cette diversion montre à quel point l'antisémitisme est un problème dans le gouvernement grec. Une partie de ses membres sont d’extrême- dr oite ou proches de ses idées. C'est la raison pour laquelle le gouvernement n’a pas réagi devant les actions criminelles d u parti Aube Dorée.

Aujourd'hui, Aube dorée est pourtant en bien mauvaise passe ?

Le gouvernement essaie aujourd'hui de criminaliser le point de vue de ceux qui s'opposent à sa politique, comme Aube Dorée : c'est très dangereux. Il tente par ailleurs d’exploiter politiquement les arrestations au sein du parti afin d'en tirer un gain électoral, mais il continue de compter des membres de l’extrême-droite dans ses rangs.

Comment abordez-vous votre jugement en appel ?
Je me sens comme un journaliste qui a fait ce qu’il fallait : j’ai dévoilé ce qu’ils ont tenté de cacher. Aucune des personnes dont j'ai dévoilé le nom ne s'est d'ailleurs retournée contre moi, et j'ai été innocenté en première instance. Mon arrestation et mon jugement sont une tentative d'intimidation, dans un pays qui semble gouverné par une mafia avec la complicité de la presse, qui assure l'omerta. Mais je crois que pour ceux qui me poursuivent en justice, la situation est très difficile : il est prouvé qu’ils couvraient tous ceux qui étaient sur la liste. Quant à moi, si je suis condamné je ne ferai pas appel mais je demanderai d’aller en prison, afin que l'Europe comprenne ce qu'il se passe en Grèce.