A l'appel du collectif baptisé "La manif pour tous" en forme de pied de nez au projet de loi présenté en Conseil des ministres la semaine dernière, plus de 100.000 opposants à l'ouverture de l'accès au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels, ont battu le pavé samedi 17 novembre, notamment à Paris. Forts de cette mobilisation d'une ampleur rare sur un sujet de société, qui fait écho à celle contre le Pacte civil de solidarité en 1999, les organisateurs ont d'ores et déjà annoncé une prochaine journée d'action, le 13 janvier, avant l'examen parlementaire du texte porté par la garde des Sceaux, Christiane Taubira.
Du rose, du bleu, papa, maman et les enfants
Selon les estimations de la police, quelque 70.000 opposants au mariage pour tous ont défilé dans la capitale entre la place Denfert-Rochereau et celle des Invalides. D'après les organisateurs, ils étaient trois fois plus nombreux, venus défendre leur conception de la famille symbolisée par le pictogramme d'un couple de parents, homme et femme, tenant deux enfants par la main. Sur fond bleu ou rose aux couleurs traditionnelles des layettes, on a aussi pu voir quantité de ballons et de t-shirts ornés de ce motif dans les rues de Lyon, où les manifestants étaient de 22.000 à 27.000 selon les sources, dans celles de Toulouse (de 5.000 à 10.000), Marseille (au moins 6.000), Nantes, Rennes, ou encore Laon, dans l'Aine (350 manifestants).
Deux incidents sont à signaler, à Lyon, où la police a interpellé une quarantaine de jeunes contre-manifestants venus en découdre, et Toulouse, où les forces de l'ordre ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser une petite contre-manifestation. Pas de quoi cependant ternir le succès de la mobilisation de l'autre camp. Ces cortèges de gens de tous âges, souvent venus en famille, y compris avec des poussettes, se sont déroulés dans une atmosphère bon enfant, en se gardant de tout slogan ou dérapage homophobe. Ce n'est pas l'objet de la contestation actuelle, a martelé l'autoproclamée "catho déjantée", Frigide Barjot, coorganisatrice de "La manif pour tous" à travers son collectif "Pour l'Humanité durable". "Nous tenons à notre code civil [...) base même de notre société", a résumé la parodiste, qui ne se départit plus du fameux livre rouge devant les caméras.
Sans doute pas si apolitique que revendiqué
Entre autres associations et collectifs appelant à manifester, on retiendra les homosexuels opposés au projet de loi de "Plus gay sans mariage", les musulmans "patriotes" de "Fils de France", les militants "pro-vie" d'Alliance Vita, fondée par Christine Boutin il y a vingt ans, ou encore ceux de "la gauche pour le mariage républicain". Cette diversité témoigne sans doute du caractère apolitique et aconfessionnel de la démarche. C'est en tout cas ainsi qu'elle se réclamait, ce qui n'a pas empêché des hommes d'Église et des personnalités politiques de droite de participer, par exemple l'ancien président du sénat, Gérard Larcher, à la tête du comité de soutien à François Fillon dans la course à la présidence de l'UMP.
A la veille du vote des militants, M. Fillon n'était pas présent, mais il a dit "comprendre parfaitement qu'on puisse manifester" contre le projet de loi, présenté selon lui "dans l'urgence", alors qu'il demanderait "un grand débat national". Son rival, Jean-François Copé n'a pas non plus manifesté, mais il avait invité les militants UMP à le faire et s'est réjoui qu'ils "aient répondu si nombreux" à son appel. "Cela témoigne de la volonté de l'UMP d'être le fer de lance de la reconquête du coeur des Français", a-t-il estimé. Sur une ligne opposée, la porte-parole du gouvernement et ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a défendu le droit au mariage pour les couples de même sexe, selon elle un progrès pour tous. Rappelant les vives polémiques avant l'instauration du Pacs et la façon dont les Français l'ont adopté, donnant "tort" à ses détracteurs, elle a mis en garde contre tout "dérapage", "instrumentalisation" et autre "amalgame".
















