Les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs parisienne n’en reviennent toujours pas. Le 17 février dernier, ils interpellaient à son domicile un homme de 60 ans, suspecté de détenir et d’échanger des fichiers à contenu pédopornographi­que. Au cours de leur perquisition, ils ne saisissent pas moins de 3 millions d’ima­ges et près de 1 300 vidéos pornographi­ques mettant en scène des mineurs. Le suspect, laissé libre, devra s’expliquer devant le tribunal correction­nel de Paris le 12 avril prochain.

Alors que se tient depuis mercredi à Lille, à l’instigation de la Gendarmerie nationale, le 4e forum sur la cyber-criminalité, la pédopornographie n’a jamais fait autant parler d’elle. “Le portrait robot ? C’est Monsieur Tout-le-monde, c’est bien le problème”, concède un magistrat familier des dossiers, désireux de garder l’anonymat. “On ne peut pas dire que tel ou tel public, en fonction de son âge, de son milieu socioprofessionnel, est plus enclin qu’un autre à détenir ou à échanger ce type de fichier. S’il existe un point commun entre toutes ces personnes, c’est la quantité pharaonique de fichiers possédée.”

Un constat partagé par Fabrice Epelboin, consultant, auteur d’une thèse sur le commerce de la pédopornographie entre 2000 et 2010. “Il en existe des quantités hallucinantes sur Internet. La société a énormément évolué et les productions aussi”, explique-t-il à Metro. “Beaucoup d’archives de documents du début des années 70 au milieu des années 90 ont été numérisées. A partir des années 90, cela a été davantage le fait de productions clandestines, avant que la production disparaisse quasiment entièrement dans les années 2000. En 2005-2006, on a assisté à un nouveau phénomène de masse, où les adolescents se mettaient eux-mêmes en scène.”

Lundi, la Commission européenne a demandé à ses Etats membres de blo­quer l’accès aux sites pédophiles. “La pédopornographie ne relève pas de la liberté d’expression. C’est un crime épouvantable”, a déclaré Cecilia Malm­ström, commissaire europé­en­ne aux Affaires intérieures.