Vous passez devant eux tous les jours. Et vous l'ignorez peut être, mais votre boucher, votre boulanger, votre cordonnier ou votre teinturier ont quelque chose en commun ces temps-ci : ils dépriment. "Morose" : c'est en effet le mot qui sort le plus souvent de la bouche des commerçants de proximité quand on les interroge sur leur état d'esprit. Un triste constat dressé par une étude publiée ce jeudi par une étude Ifop pour le mutualiste Medicis. "Ils nous avaient habitués à faire le dos rond, mais cette fois les commerçants ont atteint un niveau d'inquiétude inégalé sur leur avenir", résume Frédéric Micheau, directeur adjoint du département Opinion et Stratégies d'entreprises de l'Ifop.

A 65%, les petits commerçants utilisent des termes négatifs pour qualifier l'exercice de leur métier, comme "découragement", "inquiétude", "galère", précise l'enquête. Comment l'expliquer ? D'abord, il y a la crise bien sûr, et un chiffre d'affaires en berne. Alors qu'ils se déclaraient à 64% satisfaits de leur niveau d'activité en février, ils ne sont plus que 58% six mois plus tard, selon cette étude réalisée auprès de 800 commerçants de proximité. "Une telle dégradation en si peu de temps, c'est du jamais vu depuis le début de la crise en 2008", souligne le sondeur.

François Hollande les déçoit

Face à cette situation critique, de plus en plus envisagent des solutions radicales. Réduire leur propre salaire ? Déjà fait. Désormais, face à une augmentation des charges sociales, 73% prévoient de geler les embauches même s'ils ont besoin d'un employé supplémentaire, 64% pensent à licencier. Un peu plus d'un commerçant sur deux (53%) pourrait carrément mettre la clé sous la porte.

Les commerces de proximité sont-ils condamnés ? Le boucher-charcutier, le boulanger, le bistrot... ils animent la vie de quartier et bénéficient d'une bonne image auprès des Français. Pour autant, ces derniers sont nombreux à les voir disparaître peu à peu de leur ville (70%). Il faut dire aussi que de moins en moins de clients poussent leur porte, selon 47% des commerçants. Concurrence des grandes surfaces oblige. Une situation "alarmante", juge Michel Clerc, directeur général de Médicis : "les commerces de proximité représentent 350 milliards d'euros par an, c'est un pan entier de l'économie française !", souligne-t-il.

En outre, "88% d'entre eux ont le sentiment d'être complètement oubliés par les politiques", souligne l'étude. Ils sont d'ailleurs 84% à juger l'action de François Hollande insatisfaisante. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy avait davantage la cote, avec 55% d'opinions défavorables en 2010. Après les entrepreneurs "pigeons", les travailleurs indépendants "moutons", les petits commerçants vont-ils, à leur tour, mener une action similaire ? S'il le faut, plus d'un sur deux se tient en tout cas prêt à monter au front (54%). Le ras-le-bol est bien là.