Près de deux ans passés dans les camps sibériens et la soudaine mansuétude de Vladimir Poutine n'auront pas suffi à venir à bout de la résistance des Pussy Riot. Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, deux membres du groupe d'opposition russe, ont maintenu leurs critiques acerbes contre le pouvoir en place lors de leur première conférence de presse vendredi à Moscou. Libérées lundi après 21 mois de prison, elles continuent de vouloir pousser le président russe vers la sortie.

"En ce qui concerne Vladimir Poutine, nous n'avons pas changé de position, a en effet déclaré Maria Tolokonnikova, 24 ans. Nous voudrions continuer à faire ce pour quoi on nous a mises en prison. Nous voulons comme auparavant le chasser (du pouvoir, ndlr)". C'est ce même objectif qui les avait poussées en février 2012, avec trois comparses, à grimper sur l'estrade de l'autel de la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Au son d'une guitare électrique, elles avaient appelé la Sainte Vierge dans une "prière punk"  à "chasser Poutine du pouvoir". Happening qui avait valu à Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina une condamnation à deux ans de prison pour "hooliganisme".

"Tôt ou tard, le contrôle lui échappera des mains"

Amnistiées le 19 décembre - une libération considérée par le groupe comme une "opération de communication" en prévision des JO de Sotchi -, les deux militantes ont répondu aux questions des journalistes durant deux heures. Elles ont également présenté leur projet de défense des droits des prisonniers, dans les locaux de la chaîne câblée proche de l'opposition Dojd. "Poutine est un tchékiste (terme de l'époque soviétique désignant les membres des services de sécurité, ndlr) fermé, opaque, avec une multitude de craintes, il a vraiment peur de beaucoup de choses", a clamé Nadejda Tolokonniva. Mais "si une personne essaie de tout contrôler (...) alors tôt ou tard, et plutôt tôt, le contrôle lui échappera des mains. Tout d'abord parce que c'est impossible de tout contrôler", a-t-elle averti.

Interrogées sur la personne qu'elles aimeraient voir à la présidence du pays, les deux militantes ont donné le nom de Mikhaïl Khodorkovski, ex-oligarque et bête noire du Kremlin. Il a lui aussi été récemment libéré suite à la grâce inattendue de Vladimir Poutine, après plus de dix ans d'incarcération. Mais les espoirs des Pussy Riot risquent d'être déçus : Mikhaïl Khodorkovski ne s'est pas attardé sur le sol russe après sa sortie de prison et est aussitôt parti pour l'Allemagne. Il a repoussé l'éventualité d'un engagement dans l'opposition et même exclu de la financer.