Il y a des distinctions dont les entreprises se passeraient bien. Les prix Pinocchio en font partie. Décernés par plusieurs ONG (les Amis de la Terre, Peuples solidaires, Crid), ils sont attribués depuis 2008 à des sociétés françaises (souvent des multinationales) qui mentent sur leur politique environnementale et "surfent sur la vague du développement durable pour accroître leurs profits". Plusieurs catégories ont été imaginées et soumises au vote de 17 000 internautes.

Décalage entre la communication et les activités

La première s'intitule "plus vert que vert" et dénonce le greenwashing, c'est-à-dire la communication "abusive et trompeuse au regard des activités réelles des entreprises". Il est attribué cette année à Lesieur, pour sa campagne "Aidons l'Afrique, une bouteille d'huile Lesieur achetée, une bouteille envoyée". Les ONG dénoncent cette opération contre la famine en décalage avec l'engagement de la maison mère de Lesieur, Sofiprotéol, acteur majeur des agrocarburants. L'exploitation de terres agricoles pour des carburants plutôt que des cultures alimentaires entraîne en effet une hausse des prix qui contribue justement à la famine en Afrique.

Droits des indigènes

Le second prix, "une pour tous, tous pour moi", sur le thème de l'accaparement de ressources, est décerné à l'entreprise Bolera Minera. Cette joint-venture des groupes Bolloré et Eramet a obtenu des permis de recherche de lithium (nécessaire au fonctionnement des batteries) dans la région de Salinas Grandes en Argentine. Selon les Amis de la Terre, les 33 communautés indigènes s'estiment lésés dans leurs droits et craignent les impacts environnementaux de cette activité.

Enfin, Areva remporte le prix "mains sales, poches pleine" à la fois pour les conséquences de l'exploitation des mines d'uranium en Afrique (un ancien salarié est décédé d'un cancer du poumon) et pour un "gigantesque montage financier litigieux" réalisé pour obtenir le marché des centrales nucléaires en Afrique du Sud.